MAI / JUIN 2018
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Texte et photos : Richard Saint-George
COUP DE COEUR
Ford Tri-Motor,
toujours vivant !
Quatre-vingt-dix ans après sa construction,
NC9645
de-
meure l'un des deux exemplaires de ce modèle encore
en service et accessibles au grand public. Figures emblé-
matiques d'AirVenture Oshkosh, chaque année, ces mo-
n o p l a n s t r i m o t e u r s a p p a r a i s s e n t a u s s i
occasionnellement lors de rassemblements aéronau-
tiques et de fêtes thématiques.
Fuselage et plan vertical en tôle ondulée, train classique à at-
terrisseurs fixes, triple motorisation en étoile et cockpit sur-
é l evé f o rmen t l ' a r c h i t e c t u re du Fo rd Tr i -Mo t o r.
Commercialisé de 1925 à 1933, le
Tin Goose
– ainsi sur-
nommé, certainement en référence à son profil (oie) et à sa
couleur (étain) – fut construit à près de 200 exemplaires. Son
design semble très inspiré (pour ne pas dire copié) de celui
du Fokker F.VII. Initialement conçu pour le transport civil, ce
liner
de 10 passagers et 2 membres d'équipage (configura-
tion actuelle) pouvait aussi se convertir en avion-cargo
(muni d'une trappe de largage). Quelques exemplaires furent
également militarisés. Plusieurs compagnies aériennes amé-
ricaines démarrèrent quasiment leurs opérations avec des
Ford Tri-Motor. C'est le cas d'Eastern Airlines, mais aussi de
Transcontinental & Western Air. Sur leurs routes, une
hôtesse de l'air servait une clientèle aisée, voire franchement
privilégiée.
Carnets de vol…
Baptisé
City of Wichita, NC9645
servit initialement (dès jan-
vier 1929) la Transcontinental Air Transport (ou TAT).
Aujourd'hui, remis en état d'origine, celui-ci arbore de facto
les couleurs et le logo de cette compagnie aérienne qui, en
son temps, fut unie à Western Air Express pour former
T&WA. En juillet 1931, l'appareil fut ainsi transféré à celle
qui deviendrait bien plus tard la Trans World Airlines, mieux
connue sous le sigle TWA. En 1935, ce Tri-Motor – numéro
de série 8 – fut revendu à Grand Canyon Airlines. Deux ans
plus tard, on le retrouvait opérant pour Boulder Dam Tours.
La même année, soit en 1937, l'avion s'envola vers le
Honduras où il resta jusqu'en 1942. Puis c'est un opérateur
– dont on a perdu la trace – qui l'exploita au Mexique (im-
matriculé successivement XA-FUB et XA-NET). En 1951, lors
d'une grande visite, on lui substitua son revêtement ondulé
pour lui riveter des plaques d'alliage léger lisse. Ça devait
faire plus moderne… Pour le coup, il devint « The smooth-
skin Ford ». L’année 1953 arriva avec un nouveau proprio
et… un accident. Durant un an, l'avion fut par conséquent re-
misé. Intervint alors l’Américain Eugene Frank qui racheta la
quasi-épave. Collectionneur ou investisseur (l'histoire ne le
dit pas), l'homme rapatria sa nouvelle acquisition aux USA
et l'immatricula de nouveau en
November
(N58996).
Néanmoins, l'aéronef allait rester immobilisé jusqu'en 1964.
Enfin, le propriétaire d'une chaîne d'hôtels et de casinos –
William F. Harrah – le reprit à son compte et lui redonna ses
lettres de noblesse :
registration
d'origine NC9645, rétablis-
sement de la carlingue ondulée et restitution du certificat de
navigabilité. En tout, sept années furent nécessaires pour
réaliser cette improbable restauration. À la mort de W. F.
Hannah, survenue en 1986, l'avion fut vendu aux enchères.
Le gagnant, Gary Horton, le garda jusqu'en 1990 – date à la-
quelle Evergreen Aviation et Space Museum de McMinnville
en devinrent les nouveaux propriétaires. L'avion fut de nou-
veau remisé. En 1996, une seconde restauration débuta.
Enfin, l'année 2014 marqua un tournant dans l'épopée de
NC9645 : Ed Patrick et le Liberty Aviation Museum de Port
Clinton (Ohio) rachetèrent les droits et signèrent un accord
de partenariat avec l'Experimental Aircraft Association.
Ensemble, le groupe lança les premières tournées de vols ré-
tro avec l'avion historique. Un projet concluant !
Opérations en binôme
NC9645
n'est pas l'unique Ford Tri-Motor opérant sous
l'égide de l'EAA. Un autre exemplaire constitue la seconde
partie de cette flotte rétro.
NC8407
Tri-Motor, produit en
août 1929, fut lui aussi sauvé in extremis du néant. Après
une première affectation comme avion de ligne dans les an-
nées 1930, on le transforma, dix ans plus tard, en largueur
de parachutistes sapeurs-pompiers. Parallèlement, il servit
aussi d'épandeur d'insecticides au-dessus des forêts. Dans




