MAGAZINE AIR V34N4
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Enjeux
Par ANDRÉ ALLARD
Cadre d’intervention en transport aérien
Québec risque de rater la cible
Dans le document sur le cadre d’intervention en transport
aérien, Québec met de l’avant la nécessité pour les trans-
porteurs aériens de moderniser leur flotte avec des
avions ou des moteurs de nouvelle génération qui
consomment moins de carburant. Par contre, aucune
mention n’est faite de la principale contrainte à l’atteinte
de cet objectif au Québec qui est la politique du plus bas
prix dans les appels d’offres gouvernementaux. Au
Québec, les deux plus grands donneurs d’ouvrage sont le
Gouvernement et Hydro-Québec. Puisque le plus bas prix
est l’unique critère retenu, pourquoi une compagnie aé-
rienne investirait-elle des centaines de milliers de dollars
et même plus afin de rendre sa flotte plus performante
sur le plan environnemental si son offre est mise sur le
même pied que celle d’un concurrent qui n’a fait aucun
effort de modernisation? C’est justement la règle du plus
bas soumissionnaire qui a poussé les prix à la baisse au
point où les transporteurs aériens n’ont plus les moyens
financiers pour moderniser ou renouveler leur flotte. Il a
déjà été démontré par une étude que le Québec possède,
de façon générale, l’une des plus vieilles flottes d’aéronefs
au Canada.
Dans le passé, Québec a mis en place des programmes
afin d’encourager les entreprises à améliorer leur effica-
cité énergétique. Mais parce que ces programmes offrent
trop souvent une aide limitée par rapport au coût réel, ce
sont souvent les grosses entreprises qui en ont bénéficié.
Par exemple, offrir un remboursement de 20000 $ pour
le remplacement d’un vieux moteur par un modèle plus
courant ou encore le remplacement d’un vieil appareil par
un neuf ne représente qu’une portion minime du coût
réel. Les petits transporteurs n’ont tout simplement pas
les moyens financiers nécessaires pour moderniser ou ra-
jeunir leur flotte. Le gouvernement du Québec possède les
moyens nécessaires afin de permettre aux transporteurs
aériens de moderniser la flotte québécoise. À lui d’inter-
venir maintenant.
Le cadre d’intervention en transport aérien offre l’idée de
favoriser l’arrivée de nouveaux joueurs dans le transport
aérien régional, mais il ne fait aucune mention sur la ma-
nière de venir en aide aux joueurs existants. Si Québec
souhaite vraiment intervenir afin de soutenir les trans-
porteurs aériens, il devra le faire de manière juste et équi-
table pour tous. Il est essentiel de mettre en place des
règles claires qui donneront une chance égale à tous
d’être admissibles et de tenir compte de la présence des
entreprises en place qui font des efforts réels afin d’offrir
un service de qualité. Mais encore faut-il qu’il y ait un pro-
gramme d’aide, ce qui manque grandement en ce mo-
ment. Il faut surtout éviter d’amener trop de joueurs sur
le marché québécois, car ce dernier est somme toute li-
mité et cela nuirait à leur survie à long terme. Il s’agit
donc de trouver le juste équilibre.
Québec se donne comme objectif de réduire le prix des
billets en région de 10 % d’ici 2023. S’il appliquait la re-
commandation d’éliminer la TVQ de 9, 975 % sur le prix
des billets faite lors du Sommet sur le transport aérien
régional, cela lui permettrait d’atteindre cet objectif im-
médiatement.
Le cadre d’intervention reprend la recommandation du
Sommet de bonifier et d’étendre à un plus grand nombre
de régions le programme de réduction des tarifs aériens,
sauf que les objectifs sont étirés à 2023. De plus, peu de
gens connaissent l’existence même de ce programme. Le
document mentionne aussi le transport aérien internatio-
nal. Si c’est l’objectif de Québec de développer ce secteur,
il n’a qu’à étendre le programme de réduction des tarifs
aériens aux touristes étrangers qui désirent se rendent en
région en avion. Cela favoriserait une plus grande offre de
service entre Montréal et les régions.
Selon le document, Québec souhaite faire une planifica-
tion adéquate du réseau de transport aérien. Cette plani-
Le gouvernement du Québec a publié en avril dernier sa politique de mobilité durable-2030 qui relève du ministère des Transports,
de la Mobilité durable et de l’Électrification des transports (MTMDET). À la suite de l’annonce de cette nouvelle politique, un
document spécifique au transport aérien a été dévoilé; il s’agit du cadre d’intervention en transport aérien. La publication de ce do-
cument quelques semaines à peine après le Sommet sur le transport aérien régional a surpris plusieurs intervenants alors que les
huit mesures annoncées par le gouvernement après le sommet faisaient consensus.




