MAI / JUIN 2018
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Sérieux problème pour les petits transporteurs depuis
au moins cinq ans et qui afflige maintenant l’ensemble
des industries canadienne et mondiale du transport aé-
rien, la pénurie de pilotes est en croissance fulgurante et
ne sera pas résolue par une vision à court terme et des
solutions temporaires.
L'industrie du transport aérien du Canada explore de
nombreuses pistes de solutions et cherche des façons nova-
trices pour attirer une nouvelle cohorte de pilotes.
Malheureusement, il n'y aura pas de solutions faciles à ce pro-
blème causé principalement par une conjoncture qui est à la
fois systémique et économique.
Systémique car lorsque les gros transporteurs ont besoin
d'un nombre accru de pilotes, l’effet de vague augmente et
déferle vers les plus petits transporteurs. La situation s’illus-
tre par la juxtaposition de deux triangles. L'un avec la pointe
vers le haut, la base représentant le grand nombre de petits
transporteurs, la pointe illustrant le petit nombre de gros
transporteurs. L’autre triangle, inversé avec la pointe vers le
bas, représente le nombre relatif de pilotes employés à
chaque niveau de l’industrie, avec l’importante demande des
plus gros transporteurs étant représentée par la ligne du
haut. Bien qu'il y ait beaucoup plus de petits transporteurs
au Canada, le plus grand nombre de pilotes requis par les
quelques très gros transporteurs exerce une pression énorme
chez les transporteurs de niveaux inférieurs. En 2017,
Transports Canada a émis 1273 licences de pilote profession-
nel, dont 49 % à des étudiants étrangers qui sont en grande
majorité retournés dans leurs pays. Malgré quelque 650 nou-
veaux pilotes canadiens, l’écart actuel entre la demande et
l’offre de pilotes au Canada se chiffre à environ 500 par année
et continue de croître.
Deux choses sont essentielles pour surmonter cette situation.
La première est de réussir à attirer plus de jeunes et de
femmes vers une carrière en aviation. L'autre est de mieux
gérer la transition des pilotes en provenance des petits trans-
porteurs vers les plus gros de façon à réduire l’impact chez
les plus petits.
Du point de vue économique, la demande de pilotes mondiale
grandissante générée par la croissance annuelle du trafic
d’environ 5 % est aggravée par le fait qu’une importante
cohorte de pilotes se dirigent rapidement vers la retraite. Que
ce problème soit mondial ajoute à la situation canadienne, car
les exploitants étrangers ciblent les pilotes canadiens d’expé-
rience, augmentant ainsi la pression du côté de la demande
canadienne.
L’élasticité positive de la demande dans le transport aérien
fait en sorte que la croissance économique entraîne une forte
augmentation de la demande tandis qu’une récession réduit
de façon marquée la demande et, par conséquent, le nombre
de pilotes requis. La grave récession de 2008 a découragé de
nombreux jeunes à s’orienter du côté de l’industrie du trans-
port aérien puisque les manchettes parlaient surtout de li-
cenciements et de périodes difficiles pour de nombreux
transporteurs. Cette lacune a créé un fossé encore plus grand
de l'offre devant la demande qui a bondi quelques années
plus tard.
Le coût élevé de la formation est une dissuasion financière
sérieuse qui n'est pas facilement résolue. La formation est
continue et coûteuse pour un transporteur, ce qui explique
en grande partie les conditions offertes aux nouveaux pilotes
par rapport à des emplois dans d'autres secteurs de
l'économie.
L'année dernière, l'ATAC a créé un groupe de travail pour
étudier cette situation critique. Son mandat est de :
• développer des outils modernes pour inciter les jeunes
à envisager une carrière en aviation;
• faire appel aux femmes pour qu'elles deviennent pilotes;
• trouver de l'aide financière pour former les futurs pilotes;
et,
• construire de meilleurs ponts entre les plus grands et les
plus petits transporteurs pour assurer une transition plus
fluide des pilotes.
L'accomplissement de ces tâches aiderait beaucoup à atté-
nuer ce problème. Malheureusement, attirer plus de gens
dans le domaine de l’aviation est un défi à long terme.
Les gouvernements fédéral et provinciaux doivent aussi s'im-
pliquer au-delà du simple fait de reconnaître le problème.
D'abord et avant tout, les gouvernements doivent considérer
la pénurie croissante dans cette industrie clé dans tout nou-
veau règlement. Deuxièmement, ils doivent travailler avec
l'industrie pour trouver des solutions permanentes. Les gou-
vernements ont les ressources requises pour aider à dévelop-
per les outils financiers nécessaires pour attirer les gens vers
l'aviation. Les gouvernements provinciaux doivent aussi aider
en ajoutant l'aviation aux programmes d’orientation profes-
sionnelle et à mieux informer les conseillers des possibilités
offertes par une carrière dans le secteur de l'aviation.
Cette initiative ne se limite pas aux membres de l'ATAC, car
seul un dialogue global avec toutes les parties prenantes mè-
nera à des solutions viables à long terme. Le groupe de travail
concentre actuellement ses efforts sur la pénurie de pilotes,
mais souhaite également remédier à d'autres pénuries de
personnel dans le secteur de l'industrie du transport aérien.
L'ATAC invite toutes les parties intéressées à se joindre aux
efforts du groupe de travail. •
ENJEUX
Pas de solution miracle pour la pénurie de pilotes
Par John McKenna
|
jmckenna@atac.ca




