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NOVEMBRE / DÉCEMBRE 2026 18 HISTOIRE La formulation est simple, mais elle résume assez bien ce qui venait de se produire : Manuel mettait la main sur le type d’avion qu’il s’était promis de posséder de nouveau, tout en récupérant le dernier moteur assemblé par son père. Manuel a finalement pris livraison de C-GPMF le mardi 8 sep- tembre 2026. Après toutes ces années, le type d’avion qu’il s’était promis de retrouver et le dernier moteur assemblé par son père se retrouvaient enfin entre ses mains. Le jour où C-GPMF est revenu à Shawinigan, les anciens pro- priétaires ont pris plusieurs photos. Une photo prise juste avant le décollage du J-3 à sa base d’origine montre le Cub jaune stationné près du nouveau Citabria de Joana, comme pour lui faire un dernier salut. Sur une autre photo on voit Manuel poser devant C-GPMF, maintenant stationné devant Aéro Atelier. Mais la scène qui raconte peut-être le mieux ce que repré- sentait ce transfert ne se trouve pas dans une photo. Elle se trouve dans une courte vidéo. On y voit Joana s’approcher de « Cubby », se pencher vers le fuselage jaune et prendre littéra- lement l’avion dans ses bras. Un câlin à un avion. Écrit comme ça, le geste peut sembler presque comique. Quand on regarde la vidéo, il ne l’est pas du tout. C’est là que l’histoire du voilier m’est revenue. Nous accordons une valeur étrange aux objets qui nous ac- compagnent longtemps. Nous savons parfaitement qu’ils ne sont pas vivants. Nous savons qu’un avion est fait d’alumi- nium, de tubes, de toile, de boulons, de câbles et de pièces mécaniques. Nous savons qu’un moteur peut être démonté et qu’une hélice peut être remplacée. Mais nous savons aussi qu’avec le temps, certains objets absorbent quelque chose de nos vies. Ils se retrouvent associés à des départs, à des voyages, à des peurs, à des réussites, à des amis, à des parents. On se sou- vient de qui était assis à côté de nous. De la première fois où l’on a fermé la porte. Du bruit particulier du moteur. D’une journée de pluie. D’un atterrissage réussi. D’une réparation faite avec quelqu’un qui n’est peut-être plus là aujourd’hui. À force, l’objet n’est plus seulement l’objet; il absorbe des morceaux de vie. C-GPMF concentre tout à la fois : la promesse d’un jeune pilote après la perte de son premier appareil, la si- gnature discrète d’un père au terme de cinquante-deux ans de métier, l’affection de ceux qui l’ont tendrement baptisé « Cubby », et ce dernier câlin de Joana au moment de s’en sé- parer. Dans notre milieu, on parle beaucoup de valeur : valeur d’un avion, d’un moteur, valeur de revente. Mais certaines valeurs n’apparaissent dans aucun logbook . Elles ne se trouvent pas dans le total time , dans les compressions, dans la peinture ou dans la liste des équipements. Elles ne se calculent pas non plus à partir du nombre d’heures restantes avant la prochaine inspection. Elles existent simplement parce que des gens ont vécu quelque chose autour d’une machine. C’est probablement pour cette raison que cette histoire mé- rite d’être racontée. Pas parce que C-GPMF est l’avion le plus rare au monde. Pas parce qu’il est le plus performant. Et cer- tainement pas parce qu’un Piper J-3 a besoin d’une grande histoire pour être aimé. Mais parce qu’au terme d’un trajet qu’aucun de ceux qui y ont participé n’aurait pu planifier exactement ainsi, le dernier moteur d’un père s’est retrouvé dans le type d’avion que son fils s’était promis de posséder de nouveau. Puis cet avion est revenu à Shawinigan. Parfois, un avion change de propriétaire. Et parfois, un petit ourson rentre simplement à la maison. Q

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