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NOVEMBRE / DÉCEMBRE 2026 17 HISTOIRE mènent à une aviation plus dépouillée, où tout est visible, où presque tout se ressent, et où chaque livre compte. Pour Manuel Mongrain, cependant, ce J-3 n’est pas simple- ment un bel exemplaire d’un avion classique. Lorsqu’il était jeune pilote et venait d’obtenir sa licence, Manuel avait déjà possédé un Pip r J-3 . Il en avait pris soin pendant quelques années. Puis un jour, il avait accepté de le prêter à un ami pi- lote. Un accident est survenu. Heureusement, l’ami de Manuel s’en est sorti vivant et sans blessures sérieuses. L’avion, lui, a été une perte totale. Pour un propriétaire d’avion, il y a évidemment une immense différence entre perdre une machine et perdre un ami. L’es- sentiel était que le pilote soit vivant. Mais cela n’empêchait pas la disparition du Cub de laisser un vide. Manuel s’est alors fait une promesse simple : un jour, dans sa vie, il posséderait de nouveau un avion semblable. Les années ont passé, la promesse est restée, tout comme la passion de l’aviation qui animait la famille. Son père, Guy-Paul Mongrain, poursuivait sa carrière qui al- lait s’étendre sur 52 années de travail autour des moteurs d’avion. Des moteurs, il en a vu passer. Il les a inspectés, ré- parés, assemblés, certifiés. Son nom s’est retrouvé sur les documents qui accompagnaient son travail, comme le veut le métier. Mais il ne signait jamais directement sur les moteurs. Une exception allait pourtant marquer sa carrière. Pour un moteur Continental destiné à un J-3 , une demande particulière lui a été faite : signer physiquement le moteur qu’il venait d’assembler. Cette demande venait de Craig et Joana, les propriétaires du J-3 à ce moment-là. Ils voulaient simplement que Guy-Paul laisse sa marque sur le moteur de leur petit « Cubby ». Le geste était personnel, presque affec- tueux, mais personne n’y voyait alors un geste d’adieu. Per- sonne ne savait encore qu’il s’agirait du dernier moteur as- semblé par Guy-Paul. La signature de Guy-Paul a été gravée sur une petite plaque de métal ovale, puis fixée au moteur. Rien de spectaculaire. Pas une grande plaque commémorative. Pas une inscription destinée à être vue de loin. Une petite signature discrète, ins- tallée sur une machine faite pour voler. L’avion appartenait alors à Craig et Joana, qui l’avaient affec- tueusement baptisé « Cubby ». C’étaient eux qui avaient confié le moteur à Guy-Paul et lui avaient demandé de le signer, sim- plement parce qu’ils trouvaient l’idée belle. Après le décès de son père, Manuel s’est souvenu de cemoteur. Il a contacté Craig et Joana pour leur demander s’ils seraient ouverts à l’idée de le lui vendre un jour afin de lui permettre de récupérer le dernier moteur assemblé par son père. Pour ne pas les priver de leur avion, Manuel leur a même proposé une solution : échanger ce moteur contre un autre Continen- tal du même modèle, révisé et prêt à prendre sa place. L’idée était bonne sur papier. Après vérification, elle ne pou- vait cependant pas fonctionner. Manuel ne disposait ni d’un core compatible ni de toutes les pièces nécessaires pour assembler un moteur équivalent et leur offrir un véritable échange. Craig lui a alors expliqué que Joana pensait peut- être, dans quelques années, passer à un Citabria . Lorsque ce moment arriverait, il reprendrait contact avec Manuel. Environ deux ans plus tard, Craig a tenu parole. Joana était prête à changer d’avion et le J-3 devenait disponible. Manuel n’a pas hésité longtemps. Dès qu’il a appris que l’avion pou- vait être acheté, il a confirmé qu’il le prendrait. Craig a alors eu une autre idée, sans prévenir Manuel. Puisque cet avion allait ramener à la famille le dernier moteur de Guy- Paul, il a cherché une nouvelle immatriculation qui pourrait contenir les initiales GPM. Il a communiqué avec Transports Canada pour faire modifier les lettres de l’avion, puis a annon- cé la surprise à Manuel. C’est ainsi que le petit Cub est devenu C-GPMF. Le GPM rendait directement hommage à Guy-Paul Mongrain. Et Manuel allait donner au F le sens de « Family ». Dans le courriel envoyé à Transports Canada au moment du transfert de propriété, l’ancien propriétaire expliquait qu’ils venaient de « compléter l’histoire du J-3 » en le ramenant « where it b longs » (à sa place légitime), à Manuel Mongrain.
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