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NOVEMBRE / DÉCEMBRE 2026 16 U n couple âgé venait de vendre son voilier. Ils avaient dé- cidé de quitter leur maison pour aller vivre dans une résidence où la vie serait un peu plus simple, un peu plus sécuritaire. Le voilier, lui, faisait partie des choses qu’ils ne pouvaient plus raisonnablement garder. Au moment de le remettre au couple qui venait de l’acheter, la femme expliquait encore les détails. Comment elle utilisait les épingles à linge. Où elle plaçait les linges à vaisselle. Les petites habitudes accumulées pendant des années à bord. Des détails qui, vus de l’extérieur, pouvaient sembler parfai- tement insignifiants. Sauf qu’ils ne l’étaient pas pour elle. Ils faisaient partie de leur vie. L’homme âgé a posé une main sur la coque et murmuré : « On t’oubliera jamais. » Puis les nouveaux propriétaires ont largué les amarres. Sur le quai, les anciens propriétaires se sont serrés l’un contre l’autre et ont fondu en larmes en regardant leur voilier s’éloigner. À bord, ceux qui venaient de prendre le large pleu- raient eux aussi. Ils venaient de comprendre qu’ils n’avaient pas simplement acheté un bateau. Ils venaient de recevoir un morceau de la vie de quelqu’un d’autre. Cette histoire n’a rien à voir avec l’aviation. Et pourtant, elle m’est revenue en tête presque immédiatement lorsqu’on m’a raconté celle d’un petit Piper J-3 jaune. Parce qu’un avion, lui aussi, finit parfois par devenir beau- coup plus que la somme de ses pièces. Le Piper J-3 Cub porte un nom qui lui va particulièrement bien. « Cub » signifie petit ourson. Né à une époque où l’avia- tion légère était encore faite de structures simples, de toile, de tubes, de câbles et de beaucoup de sensations transmises directement au pilote, il est devenu avec les décennies un ob- jet de collection recherché. Il n’est ni rapide, ni puissant, ni spacieux. Ce n’est justement pas ce qu’on lui demande. On monte dans un Cub pour voler autrement. Pour tenir un manche à balai plutôt qu’un volant, sentir le vent, travailler avec la machine plutôt que simplement lui donner des ordres. Dans le cas de cet appareil, un petit Continental de 85 hp fait le travail. Et comme sur beaucoup d’avions de cette généra- tion, le calcul de masse rappelle vite que la nostalgie a ses limites. Deux adultes de poids moyen, un peu d’essence, et la limite n’est déjà plus très loin. C’est aussi ce qui fait le charme de ces avions. Ils nous ra HISTOIRE L’histoire d’un petit ourson Un Piper J-3, un dernier moteur et une promesse tenue Par Martin Blais

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