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• Volume 39 Numéro 1 33 Bay, croisant sur le taxiway un deHavilland Dash-8-400 fabriqué à Toronto dans la même usine où a été construit notre Tiger Moth, 75 ans plus tôt ! L’escale à Thunder Bay, qui ne devait durer que 30 minutes, s’étire pendant deux heures pour des raisons fâcheuses, au point de ris- quer de nous empêcher de décoller à temps pour nous permettre d’atterrir avant la nuit à notre escale suivante. L’origine de l’im- broglio ? Nous avons fait le plein de carburant au FBO Shell, mais nous avons également besoin d’huile moteur. Malheureusement, Shell ne vend pas de 20W50, alors on part à pied, sur le tarmac, vers l’autre FBO situé juste à côté pour en acheter. À cet autre FBO, la réception est plutôt froide : l’employé nous fait comprendre — à mots couverts—qu’il ne vend rien aux clients de son concurrent (Shell) ! On doit donc se débrouiller autrement. Et vite. Après quelques recherches, on cogne à la porte barrée d’une école de pilotage. C’est un élève-pilote qui nous répond. Il est seul dans le bâtiment et il attend son instructeur qui est actuellement en vol avec un autre élève. Au retour de l’instructeur, trente minutes plus tard, celui-ci réussit à accéder au hangar d’entretien de l’entre- prise (qui était verrouillé), et il finit par dénicher six litres d’huile 20W50 sur une tablette poussiéreuse. On saute de joie ! Puisque cet instructeur de vol ne sait pas comment faire une fac- ture, je laisse mes coordonnées sur le bureau de la directrice de l’école de pilotage et je rejoins Alain à la course jusqu’à l’avion, afin de démarrer et décoller le plus vite possible ! Le dernier vol de la journée, entre Thunder Bay et Geraldton (Ontario), nous permet de longer la rive ouest de l’immense lac Supérieur avant de nous enfoncer à nouveau au-dessus du Bouclier canadien en suivant la route transcanadienne 11, unique bande d’asphalte qui s’étire sur 1000 kilomètres en pleine région sauvage et qui relie un petit réseau de villes minières du nord de l’Ontario jusqu’au Québec. Le spectacle du soleil descendant vers l’horizon et reflétant dans une centaine de lacs dispersés sur le territoire, pendant les dernières minutes du vol, est fascinant. L’aéroport de Geraldton (Ontario) abrite une base d’avions- citernes CL-415, utilisés dans la lutte contre les incendies de forêt. Le Tiger Moth #1259 fera donc l’escale de nuit, stationné non loin de ces mastodontes jaunes issus de l’ingénierie québécoise. Pendant que nous arrimons le Tiger Moth #1259 aux ancrages au sol, le crépuscule s’installe lentement. Notre principal souci à cet instant est de trouver un moyen de transport jusqu’à la ville de Geraldton, située à une dizaine de kilomètres, et d’y trouver un hôtel. La chance nous sourit : un jeune homme qui a vu passer le Tiger Moth #1259 quelques minutes plus tôt au-dessus de la ville, avant l’atterrissage, a sauté dans sa voiture et il a roulé jusqu’à l’aéroport pour voir de près cet étrange oiseau jaune à deux ailes. Ce gentleman, nommé Sean, offre de nous ramener en ville dans son Chevrolet Caprice 1973 et il nous dépose devant l’unique mo- tel existant dans un rayon de 50 kilomètres. Coup de chance ad- ditionnel : une pizzeria est encore ouverte à cette heure tardive, à cinq minutes de marche du motel. On termine donc la soirée de- vant deux pointes de pizza, fatigués mais heureux, encore vêtus de nos vêtements poussiéreux et tachés d’huile moteur. Chance et malchance Le lendemain, de retour à l’aéroport de Geraldton, nous procédons à l’avitaillement du Tiger Moth #1259 avant de reprendre la route vers l’est. À chaque escale, depuis le début de l’expédition en Alberta il y a une semaine, je téléphone systématiquement à l’avance à l’escale suivante afin de m’assurer la disponibilité de carburant. Hier, lors de cet appel préventif avant de décoller de Thunder Bay, le directeur de l’aéroport de Geraldton m’avait dit au téléphone que l’inventaire de carburant 100 LL était extrême- ment bas à cause des opérations de lutte contre les incendies de forêt qui ont lieu depuis deux semaines. Il m’avait prévenu que le peu de carburant encore disponible à Geraldton était exclusive- ment réservé aux avions de détection et d’aéropointage. Plaidant ma cause pendant cet appel téléphonique, j’avais finalement réussi à le convaincre d’accepter de nous en vendre lors de notre escale, lui promettant que l’achat ne dépasserait pas 50 litres. Selon mes calculs, l’ajout d’une telle quantité de carburant serait amplement suffisant pour le vol suivant, vers Hearst. Me voici donc, juché au- dessus du cockpit, boyau et pistolet à la main, remplissant l’unique réservoir du Tiger Moth #1259 entre les ailes supérieures. Pendant que le carburant coule du pistolet, je regarde le compteur du cabinet d’avitaillement qui tourne lentement. Soudain, après avoir dépassé la marque de 22 litres, le débit de carburant ralentit puis reprend. En passant la marque de 35 litres, le débit du car- burant ralentit encore, puis reprend. Mais en arrivant à 45 litres, le débit s’arrête définitivement. Plus rien ne coule du pistolet. Je viens de prendre les dernières gouttes de carburant disponible à Geraldton ! Remis de cette surprise, nous décollons et poursuivons notre route vers l’est. Des escales sont prévues aujourd’hui à Hearst, Kapuskasing et Cochrane, tous des aérodromes situés le long de la route transcanadienne 11, et espacés par environ 90 minutes de vol, jusqu’au Québec. La météo est excellente, le ciel est radieux et le vent est calme. Tous les éléments sont là pour nous permettre d’effectuer aujourd’hui une grande avancée dans notre expédition. On espère donc arriver à Rouyn-Noranda pour souper. de Havilland DH.82 Tiger Moth Premier vol : 26 octobre 1931 Pays constructeurs : Royaume-Uni, Canada, Australie Rôle : entrainement élémentaire en vol Nombre construits : 8,280 au total (dont 1,523 au Canada, dé- signés DH.82C) Moteur : de Havilland Gipsy Major de 130 HP, refroidi par air, à 4 cylindres inversés en ligne Poids à vide : 1200 lb Poids maximal au décollage : 1825 lb Vitesse de croisière : 60 nœuds Vitesse maximale : 95 nœuds Vitesse de décrochage : 25 nœuds

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