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• Volume 38 Numéro 6 32 Pierre-Alexandre Sénéchal Pilote, commandant de bord sur Dash-8 au Service aérien gouvernemental La traversée du pays à bord d’un biplan : L’odyssée du Tiger Moth #1259 Alain Roberge Technicien d’entretien d’aéronef et copropriétaire de « Aéro 5 Entretien d’aéronef Inc. » « Croyez en vos rêves et ils se réaliseront peut ‐ être. Croyez en vous ‐ même et ils se réaliseront sûrement » — Martin Luther King Au début de l’été 2024, j’ai déniché un de Havilland DH.82C Tiger Moth à vendre dans les annonces classées. Ce type d’avion biplan me fascinait depuis mon adolescence. Celui que j’ai trouvé a été construit en 1942. Il porte l’immatriculation militaire #1259 et il a servi comme avion d’entrainement élémentaire lors de la 2 e guerre mondiale. J’ai donc sauté sur l’occasion en présentant une offre d’achat qui a été acceptée. Il y a toutefois un bémol : l’avion est stationné en Alberta, dans un bled nommé Wetaskiwin, près d’Edmonton. C’est situé à 4000 kilomètres de chez moi, à Québec ! L’achat de cet avion nécessiterait donc un éventuel convoyage en vol qui me ferait traverser le Canada presque en en- tier, d’ouest en est. Afin d’augmenter les chances de réussite du convoyage du Tiger Moth #1259, j’ai proposé à Alain Roberge, un technicien d’entre- tien que je connaissais, de m’accompagner en vol entre l’Alberta et le Québec. Je planifiais effectuer cette expédition au milieu du mois d’août, pendant mes vacances estivales. Alain, qui est copro- priétaire de « Aéro 5 Entretien d’aéronef Inc. » à Thetford Mines, désirait étendre son expérience de mécanicien sur des avions an- ciens. Il a donc accepté mon offre de m’y accompagner. Pendant les deux semaines précédant notre départ en Alberta, j’ai préparé cette expédition méticuleusement. Bien que j’utilise déjà ForeFlight, j’ai pris la précaution de me procurer les cartes VNC couvrant la moitié sud de l’Alberta, de la Saskatchewan, du Manitoba, de l’Ontario et du Québec. L’informatique pouvant tom- ber en panne n’importe quand, les bonnes vieilles cartes en papier peuvent encore être utiles ! Je tenais à planifier les escales d’avitaillement en carburant. L’unique réservoir du Tiger Moth ne contient que 19 gallons, ce qui représente 3 heures de vol. J’ai donc investi plusieurs heures à analyser le Supplément de vol et à encercler tous les aérodromes placés dans un très large couloir allant de l’Alberta jusqu’au Québec, où du carburant 100 LL est disponible. J’en ai également prof i té pour relever les aérodromes où on trouve de l’huile 20W50, car selon le manuel du manufacturier, le moteur du Tiger Moth consomme normalement plus d’un litre d’huile à l’heure ! Au cas où aucun restaurant d’aéroport ne serait accessible lors d’une escale rapide, j’ai fait l’achat, dans une boutique de plein air à Québec, d’une quinzaine de sachets de repas lyophilisés. Ceux- ci ont été ajoutés à un sac contenant une petite bouilloire élec- trique, des sachets de gruau, du café instantané et des sachets d’arachides. Ainsi, nous pouvions casser la croûte à n’importe quel petit aérodrome, sans perdre de temps, puis repartir rapidement. Ne connaissant pas à l’avance le lieu de nos escales de nuit, donc ne disposant d’aucune garantie de disponibilité de chambre d’hô- tel, deux petits sacs de couchage ont complété notre équipement opérationnel, au cas où nous aurions à dormir dans un bâtiment d’aérodrome ou pire, sous l’aile de l’avion. De son côté, Alain emportait dans ses bagages un petit kit d’outils pouvant nous dépanner en cas de pépin technique sur l’avion. Nous étions donc parés à toute éventualité, que ce soit du côté de la navigation, de l’avitaillement, de l’alimentation, de l’héberge- ment ou d’un bris mécanique mineur. Le matin du 13 août, nous nous présentons à l’aéroport de Wetaskiwin (Alberta) avec tout notre attirail. C’est ensoleillé, mais la visibilité est réduite à environ 5 milles dans une bonne partie des Prairies à cause de la fumée des feux de forêt qui font rage au nord de l’Alberta depuis plusieurs semaines. Après une bonne ins- pection de l’avion en entier, Alain me demande d’aller effectuer quelques circuits en solo, histoire de faire tourner le moteur à plein régime. Le Tiger Moth #1259 a été entièrement restauré il y a 25 ans, puis il a passé toutes ces années dans un hangar, sans presque jamais voler. Il est judicieux de le mettre à l’épreuve avant de débuter ce convoyage de 4000 kilomètres. Puisque le moteur du Tiger Moth n’est pas équipé d’un démarreur, je m’installe dans le poste de pilotage arrière et Alain, debout de- vant l’avion, lance l’hélice. Le moteur démarre après cinq ou six En vol vers notre première escale de carburant, Coronation (Alberta)

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