V28N2

MARS / AVRIL 2024 8 ESSAI EN VOL Du passé au présent On prête à Talleyrand la citation suivante : Derrière chaque grand homme se cache une f emme . Christophe Heintz (1938 – 2021) ne fait pas exception. Anne-Marie, son épouse, a tou- jours cru en lui. Elle l’a épaulé dans nombre de projets ; ac- compagné lors de certains événements aéros ; volé avec lui à bord de ses créations. Elle lui a aussi survécu. Professeur à la retraite, la prévenante dame vit aujourd’hui dans le sud de la France. Le couple Heintz, c’est également une descendance ac- crue : quatre gars, une f ille et nombre de petits-enfants. Les quatre f ils Heintz, tous impliqués dans l’aéronautique, travail- lent de concert. Mathieu (né en 1966) dirige Zenair Ltd, à Mid- land (Ontario). Ses frères, Michael (né en 1963) et Nicolas (né en 1965) l’assistent dans la recherche et le développement, plus la production de pièces. Aux États-Unis, à Mexico (Mis- souri), Sébastien (né en 1968) est le boss de Zenith Aircraft Company. Fondée en 1992, l’entreprise emploie une bonne vingtaine de personnes – dont Kalvin, ingénieur et f ils de l’ami Sébastien. À titre indicatif, Zenith (anagramme de Heintz ) pro- duit en moyenne 1 kit par jour ouvrable. Aucun avion f ini n’est commercialisé in situ. En revanche, le team organise très ré- gulièrement des stages de construction, communément appe- lés workshops . Ces ateliers permettent à la clientèle (souvent peu expérimentée, voire néophyte) d’apprendre des tech- niques d’assemblage adaptées ; de développer certaines habi- letés ; de se perfectionner de manière générale ; d’échanger des idées et des trucs du métier, etc. Un plus, assurément ! Cette année, Zenith Aircraft va s’agrandir : 10 000 pi 2 (929 m 2 ) sous la forme d’un nouveau bâtiment vont s’ajouter aux ins- tallations existantes de 16 500 pi 2 (1 533 m 2 ). Cette multipli- cation de la super f icie, mais aussi du volume, concourra à la maximisation des cadences de production, du stockage, de la présentation de la gamme, de l’espace dévolu aux classes de formation, etc. Un kit abouti, un avion accompli Le Zodiac CH 650B est entièrement métallique. Son architec- ture est relativement simple : une combinaison de cadres et de lisses, en cornières d'alliage léger aviation, constitue la base du fuselage. Le revêtement est travaillant. L’emploi de tôle 6061T6 représente un bon rapport qualité-budget. Chaque section est taillée et percée en usine sur deux décou- peuses CNC à contrôle numérique. Cette robotisation permet de normaliser la majorité des pièces. Alors qu'en 1984 un constructeur amateur mettait plusieurs jours pour assembler une dérive verticale monobloc, aujourd'hui, un fuselage s'exé- cute en 3 heures chrono ! Le montage fait essentiellement appel à des rivets aveugles. Fabriqués par Textron Avex, ceux- ci s’apparentent à des rivets pop mais sont homologués avia- tion. Toutefois, certains ensembles – pré-bâtis chez Zenith Aircraft – comprennent des rivets dits pleins ( solid rivets ). La volumineuse verrière a la forme d’une bulle. Ce qui donne au modèle un petit air de voltigeur. Construite en 2 parties (seg- ment f ixe à l’arrière + compas à l’avant), celle-ci vient s’ancrer sur une large portion du fuselage. Le double arceau central protège l’équipage en cas de capotage. Derrière, deux tubes en V parachèvent la structure. Le pro f il de la voilure principale est un Riblet GA 35-A-415. Assez épais (15 %), il garantit d’ex- cellentes performances au décollage et à l’atterrissage. En croisière, il ne pénalise pas trop la vélocité du biplace. Les sau- mons sont de type Hoerner. Biseautés à 45 degrés, ils rédui- sent considérablement les tourbillons marginaux. D’amples ailerons différentiels garantissent un prompt taux de roulis. Les volets hypersustentateurs sont commandés électrique- ment. Le gouvernail de direction est monobloc, mais deux sec- tions divisent l’empennage horizontal. Trois compartiments à bagages équipent le CH 650B : un espace derrière les sièges et un coffre dans chaque aile. Des pneus 5.00 x 5 chaussent les jantes Matco (Utah, USA) ou similaires. Mêmes dimensions de- vant où un empilage de rondelles en caoutchouc assure la fonction d’amortisseur sur l’atterrisseur frontal. Un système d’asservissement – basique mais ef f icace – af f ine les manœu- vres durant le taxiage. Des carénages de roues sont proposés en option. Les pièces complémentaires, en acier au chrome- molybdène et/ou en composites, sont aussi prêtes à monter. Temps moyen requis pour construire cet avion en boîte : 300 heures (hors moteur, instrumentation et peinture/ f inition). Motorisation au choix Différents moteurs peuvent se greffer sur le Zodiac CH 650B – tout comme sur n’importe quel kit Zenair/Zenith. Rotax, JPX, Jabiru, Subaru, Viking, Zongshen ou encore UL Power font par- tie des plus populaires. Sur le modèle de démonstration N104ZZ , c’est donc un UL Power 350i développant 118 ch qui entraîne la bipale Sensenich de service. Ce tandem allie puis- sance, simplicité et f iabilité. Pas de turbo, prise directe, injec- tion et pas f ixe ! Question prix, c’est moins cher qu’un Le garage des Heintz, à Richmond Hill (Ontario) : là où tout a commencé ! C-GGTU – Le Zodiac nº 6-001, présenté à Oshkosh en 1984, immortalisé sur la pellicule… pendant le décollage d’un Concorde ! Pour information, ce biplace est encore en service. Il appartient à un pilote basé à Lindsay, en Ontario.

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