V28N1
• Volume 38 Numéro 1 44 Dans les deux articles précédents, j’ai sommairement décrit ce qu’est la circulation thermohaline — le climatiseur de la planète (la Figure 1 montre un rappel de ce qu’est la circulation thermo- haline.). J’ai aussi décrit les fabuleux moteurs de ce colossal mou- vement marin, c’est-à-dire la variation de densité des eaux, induite par des changements de température et de salinité. Dans ce troisième article, je présente ce qui se passe en profondeur. Revoyons la f igure qui présentait la salinité moyenne à la surface des océans ( f igure 2). La Figure 3 présente quelques données moyennes reliées à l’océan : la température, la salinité et la densité de l’eau. On voit bien dans cette f igure que plus l’eau est profonde, plus elle est froide et conséquemment plus dense. On le savait déjà : l’eau froide coule. Mais lorsqu’elle coule, elle pousse l’eau déjà là qui, à son tour, re- pousse l’eau à cet endroit, etc. Mais qu’arriverait-il si la température ou la salinité variait ? Notez que l’eau salée liquide dans les océans est rarement plus froide que -5 °C. En effet, l’eau salée ne gèle pas à ces températures. Pour geler et former la banquise, elle doit perdre son sel. En 1980, lorsque la banquise se formait, elle possédait une épaisseur variant de 1,89 à 2,62 m, mais en 2012, elle était passée de 1 à 1,72 m. À noter qu’il est ici question de la banquise et non des icebergs qui, eux, se forment à partir de morceaux de glaciers qui se brisent à leur arrivée dans l’océan. À ce sujet, une équipe de chercheurs dirigée par Grant Bigg de l’Université de Shef f ield au Royaume-Uni est parvenue à calculer l’âge du coupable qui a malencontreusement participé à la tragédie du Titanic. Il provenait fort probablement du Groenland, et était vieux de 100 000 ans. Il aurait dérivé en Arctique, passé par la mer de Barents, la mer de Norvège, puis se serait retrouvé dans l’Atlantique Nord, sur le chemin du Titanic en mer ce 15 avril 1912. Méchante malchance… Revenons à nos moutons. La température (dans l’océan et au nord du 60 e parallèle) ne varie que très peu, cela n’a donc pas d’effet sur la densité. Mais si la salinité variait, alors la densité pourrait varier. Mais qu’est-ce qui peut modi f ier la salinité ? C’est le réchauffement climatique. L’air du globe se réchauffe et plus particulièrement au nord, en- traînant la fonte des glaciers du Groenland. L’eau douce se retrouve dans le détroit du Danemark et dans la mer de Norvège justement où démarre la circulation thermohaline (voir Figure 4). La diminution de salinité produite par l’eau douce provenant du Groenland va entraîner une diminution de la densité, donc la ré- duction de la force d’un des moteurs de la circulation thermoha- line. Dans la série — Les phénomènes météorologiques. La circulation thermohaline (troisième partie) Par Michel Guy Paiement Figure 1 — Circulation thermohaline (source : Surfrider Foundation Europe) Figure 2 — La salinité des océans Figure 3 — Moyennes annuelles des températures, salinité et densités en fonction de la profondeur. (a) région polaire (b) région tempérée (c) région tropicale Figure 4 — Zone de démarrage de la circulation thermohaline
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy NDY5MjU=