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MARS / AVRIL 2023 63 DÉBATS L’aviation régionale menacée John McKenna | Président et chef de la direction, Association du transport aérien du Canada | www.linkedin.com/in/JohnMcKenna-ATAC L es transporteurs régionaux voient sans cesse se dresser devant eux un barrage d’obstacles qui menacent leur existence même. Aux coûts d’exploitation toujours à la hausse et la rareté critique de la main d’œuvre s’ajoutent malheureusement l’ine f ficacité flagrante du gouvernement, les groupes d’intérêt aux œillères étroites, les lois et règle ­ ments déconnectés de la réalité du terrain et des passagers de plus en plus intolérants. Le choc de la pandémie a été énorme. Le nombre total de passa- gers du transport aérien embarqués et débarqués au Canada est passé de 162 864 077 en 2019 à 46 163 940 en 2021, une baisse de 72 % globalement, mais une baisse de 85 % des passagers trans f rontaliers et une baisse de 87 % du nombre de passagers internationaux. Une industrie ayant pu survivre après avoir vu sa clientèle se vaporiser en quelques semaines sans que les gouver- nements ne f assent le moindre e ff ort pour assurer la pérennité du service aérien mérite beaucoup de reconnaissance. Aujourd’hui, l’aviation commerciale, qu’elle soit régionale, natio- nale ou internationale, f ait f ace à l’inconnu. L’usage des plate- f ormes de con f érence en ligne est devenu chose commune et cela aura un impact certes sur la demande de voyages d’a ff aires qui demeure encore di f ficile à prévoir. L’augmentation généralisée des coûts du transport aérien aurait-elle aussi un e ff et marqué sur la demande en transport aérien pour voyage d’agrément? L’indi ff érence scandaleuse du gouvernement f ace àNAVCANADA, pourtant un service essentiel à la sécurité aérienne, a résulté en une importante augmentation des coûts pour les transporteurs. On assiste aussi à une vague d’augmentation des f rais aéropor- tuaires partout au pays, incluant des augmentations quasi géné- ralisées des Frais d’améliorations aéroportuaires pour les passagers. Toutes ces augmentations se traduisent inévitable- ment par des hausses de prix pour les passagers, ce qui a ff ectera sans doute la demande en transport aérien, réduisant l’o ff re de service aux Canadiens. La panoplie d’augmentations de f rais pour les transporteurs et pour leurs clientsmenace aussi la rentabilité de certaines routes. Di f ficile à prédire l’e ff et réel, ce qui en soi influence aussi le choix d’aérone f s à commander. Ajoutons à cemélange empoisonné un resserrement annoncé pu- rement par opportunisme politique du Règlement sur la protec- tion des passagers aériens et un niveau de service de Transports Canada qui a sombré à des niveaux encore jamais vus. La pénurie critique de pilotes et de personnel de maintenance pourrait clouer au sol une importante partie de la flotte et réduire l’o ff re de service en transport aérien, et ce, surtout dans le trans- port régional, le secteur le plus durement touché par la pénurie. Ceux qui ré f utent l’existence d’une pénurie de pilotes devraient s’aventurer sur le terrain s’ils veulent arrêter de se couvrir de ri- dicule, car il s’agit incontestablement de la plus grande menace actuelle à notre industrie. Complètement insouciant, ou pire peut-être désinvolte, le gou- vernement a re f usé de repousser la date limite pour l’entrée en vigueur du nouveau règlement sur la gestion de la f atigue, ce qui a pour e ff et d’exacerber une situationdéjà désastreuse de pénurie de pilotes en exigeant jusqu’à 30%de plus de pilotes pourmain- tenir l’o ff re actuelle de service. Les premiers et plus durement touchés sont les transporteurs régionaux et le taxi aérien. L’entrée en vigueur du règlement en 2020 pour les plus gros transpor- teurs a f ourni toutes les preuves nécessaires pour mesurer l’im- pact sur la demande de pilotes. L’ATAC a signé une lettre au ministre plaidant pour une considération spéciale compte tenu que l’industrie est en plein redressement. La réponse, signée par un subalterne, nous encourageait plutôt àmiser sur les systèmes de gestion de la f atigue alors que le ministère a déjà admis que cette option n’était pas encore à point. Les gros transporteurs, eux aussi étou ff és par cette pénurie, n’hésiteront aucunement à recruter les pilotes des régionaux pour rencontrer leurs besoins demain-d’œuvre, malheureusement au détriment des plus petits exploitants qui peinent à trouver des pilotes qualifiés. Le contexte périlleux actuel, cependant, n’est pas l’œuvre unique- ment d’un gouvernement incompétent. Plusieurs autres joueurs sont aussi en cause. De nombreux aéroports canadiens ne se sa- tis f ont plus de limiter les activités des écoles de pilotage, mais cherchent à les éliminer totalement de leur environnement. Ceux- ci ne reconnaîtront cependant aucun blâme dans d’éventuelle baisse d’activité à leur aéroport par manque de pilotes. D’autres, comme les Îles-de-la-Madeleine, profitent de la reprise pour imposer une taxe d’accueil pour les touristes, se disant qu’une petite cotisation additionnelle passera largement inaper- çue. Ces solutions f aciles ont un retour immédiat, mais ajouteront à moyen et long terme aux raisons d’éviter cette destination dé- pendante du tourisme quand beaucoup d’autres options sont possibles, surtout considérant qu’il sera très tentant d’augmenter sans cesse le niveau de cette cotisation. Une région qui dépend autant du transport aérien devrait tout f aire pour protéger l’o ff re de service des transporteurs régionaux plutôt qu’y nuire. Tous ces éléments, pour ne nommer que ceux-là, menacent la surviemême du transport aérien régional au Canada, et surtout au Québec, puisque l’o ff re de service est déjà f ragile. Le gouver- nement f édéral ne pourra rejeter sa part du blâme lorsque les Canadiens des régions éloignées et nordiques se retrouveront avec une o ff re de service sévèrement limitée, réduisant ainsi leur qualité de vie. Il est impérati f que tous travaillent ensemble à l’élaboration d’un plan national du transport aérien qui ral- liera toutes les parties prenantes de l’aviation au Canada à l’ob- jecti f de maintenir un système de transport aérien e f ficace, viable et sécuritaire. Q

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