V26N5
SEPTEMBRE / OCTOBRE 2022 72 U ne retraite stratégique pour une entreprise qui traverse une période dif f icile consiste à renoncer à certains pro jets, services ou gammes de produits et à se concentrer sur ses compétences clés a f in de survivre pendant qu’elle éva lue ses options. C’est ce qu’ont fait la plupart des transporteurs aériens pendant la pandémie, abandonnant plusieurs liaisons au pro f it des plus rentables et se concentrant sur leurs obligations contractuelles. A f in de réduire les dépenses, d’importantes coupures de person- nel associées à ces compressions de services ont dû être faites. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles la reprise a été particulièrement dif f icile pour les aéroports et les transpor- teurs aériens. Dans le but d’augmenter le nombre d’employés, il a fallu récupérer le personnel mis à pied et s’assurer que sa for- mation et ses titres de compétences soient à jour. Contrairement à ce qui a été noté dans l’industrie aéronautique, le gouvernement fédéral n’a pas licencié desmilliers d’individus pendant la pandémie. En fait, de nombreuxministères ont conti- nué à embaucher du personnel. L’ACSTA, exploitée en grande partie par des entrepreneurs privés, est probablement l’une des rares exceptions de services publics à avoir réduit sa capacité en effectifs au cours des deux dernières années. La plupart des fonc- tionnaires du gouvernement fédéral travaillent à domicile, ce qui a nettement abaissé le niveau de service, entraînant une aug- mentation signi f icative des retards de services. Les réponses aux demandes de services ont ralenti énormément, entraînant des retards inacceptables, beaucoup plus longs que les normes éta- blies pour l’aviation. Cette tendance ne se limite malheureuse- ment pas à Transports Canada, mais s’étend à de nombreux ministères. Les demandes de visas de travail, les cartes IRAC, les certi f ications de type, les approbations médicales et les renou- vellements de licences, les examens professionnels, les contrôles de compétence des pilotes, la certi f ication des aéronefs, et bien plus sont sujets à des retards jamais rencontrés auparavant. Ces retards de traitement bloquent notre reprise et perturbent le service aérien partout au Canada. Le gouvernement reconnaît à peine cette problématique et pré- fère blâmer les transporteurs aériens et les aéroports de ne pas s’être redéployés assez rapidement. C’est inacceptable. Selon son Plan ministériel 2019-2020, Transports Canada est responsable « d’élaborer et de superviser les politiques et les programmes de transport du gouvernement du Canada a f in que les Canadiens puissent avoir accès à un système de transport sûr et sécuritaire, ef f icace… vert et innovant ». Le département tra- vaille vers ces objectifs en 1) proposant et en mettant à jour des politiques, des lois et des règlements ; et en 2) assurant la sur- veillance au moyen d’inspections, d’activités d’application de la loi et par la surveillance de l’équipement, des opérations et des installations de l’industrie du transport. La première responsa- bilité de Transports Canada est d’assurer la sécurité et la sûreté du transport au Canada. Nous sommes en accord avec ce mandat. Le problème réside dans l’insuf f isance du f inancement du ministère et dans le manque de personnel requis pour s’acquitter de cet important mandat. Alors que la demande de services aériens au Canada avait augmenté à un taux annuel de près de 5 % jusqu’à la pan- démie, le budget de Transports Canada – Sécurité aérienne a été considérablement réduit depuis 10 ans, ce qui rend pratique- ment impossible pour Transports Canada de bien s’acquitter de son mandat. Par ailleurs, l’ef f icacité du ministère a chuté à des niveaux historiquement bas. Face à de telles circonstances, leministère doit s’atteler à ses res- ponsabilités fondamentales, soit concentrer ses ressources sur les éléments de sonmandat qui ne peuvent absolument pas être livrés par des tiers et déléguer à ceux de l’industrie qui ont l’ex- pertise l’exécution demandats qui ne nécessitent que sa surveil- lance. L’ATAC suggère depuis près de 20 ans que Transports Canada mandate la livraison de certains services à des tiers tout en conservant la responsabilité globale de ses activités, ce qui per- mettrait à Transports Canada de concentrer ses ressources sur sa responsabilité de surveillance, comme le recommande la cul- ture du SGS. Nous avons même fourni aux trois derniers minis- tres des Transports une liste de services qui pourraient être délégués sans recours à des amendements législatifs ou régle- mentaires. Ceux-ci incluent des modi f ications au manuel, le re- nouvellement des licences de pilote au sein des transporteurs aériens et l’organisation d’examens professionnels. La délégation de ces tâches libérerait des ressources de Trans- ports Canada et permettrait d’éliminer en grande partie les re- tards des services qui ont paralysé notre reprise. Ces solutions, très pertinentes avant la pandémie, le sont d’autant plus en cette phase de reprise alors que les retards de réponses de services menacent sérieusement notre capacité à offrir à nouveau aux Canadiens et Canadiennes les services de transport aérien de qualité dont ils ont besoin. Q DÉBATS Un changement de cap s’impose chez Transports Canada John McKenna | Président et chef de la direction, Association du transport aérien du Canada | www.linkedin.com/in/JohnMcKenna-ATAC
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy NDY5MjU=