V26N5

Un instructeur et pilote expérimenté m’a récemment dit : « En aviation, tout est important. » Alors que ce constat a une part de vérité incontestable, il est néanmoins problématique : si tout est important, alors rien ne l’est. Voyons comment nous pouvons faire la part des choses entre le concept « tout est im- portant » et celui de ne négliger aucun élément. Cette ap- proche engendrera un vol sécuritaire ou le classera parmi les statistiques d’accident. Prenons l’exemple de l’importance d’atterrir sur le numéro de piste. Alors que nous visons la perfection dans notre vol, c’est en fait à l’atterrissage que la majorité des accidents se produi- sent, et qu’il faut donc faire preuve de la plus grande précision. D’après de nombreux pilotes, la précision, c’est d’atterrir le plus près possible du seuil de piste, ou autrement dit, d’atterrir sur le numéro de piste. Maintenant, prenons cela en compte tout en gardant en tête l’importance de manœuvrer un aéronef en toute sécurité. Dans le cadre d’un vol en planeur, lorsque nous nous efforçons d’effectuer un atterrissage de précision et d’éviter de repousser l’aéronef au seuil de piste, compro- met-on ainsi la sécurité si l’on vole à une vitesse dangereuse- ment basse ou effectue un circuit à basse altitude ? Un atterrissage de précision ce n’est pas forcément d’atterrir sur le numéro de piste, mais plutôt d’atterrir sur la piste, là où vous l’aviez prévu, même si c’est à 200 m du seuil de piste. Plus on atterrit près du seuil de piste, moins il y a de marge d’er- reur. Une fois, je suis allé à un club et pendant que je subissais une véri f ication sur type pour embarquer un ami avec moi, mon pilote véri f icateur m’a demandé d’atterrir sur le numéro de piste pour éviter de repousser le planeur au seuil de piste. La piste mesurait 4 000 pi et il y avait plein de place pour atterrir, s’arrêter et redécoller sans avoir à repousser le planeur au début de la piste. J’étais surtout préoccupé par les grosses roches de drainage à la f in de la piste. Le propriétaire de l’ins- tallation m’a calmement dit : « Ne t’inquiète pas si tu effectues un atterrissage long. On peut toujours repousser le planeur au seuil de piste ». En tant que pilote visiteur aux commandes d’un nouveau type d’aéronef, j’ai choisi une marge élevée de sécurité et j’ai quand même effectué un atterrissage de préci- sion, juste un peu plus loin sur la piste. Beaucoup trop de rapports d’accident sont précipités par un évènement insigni f iant qui distrait le pilote de ce qui est vrai- ment important. Voici une anecdote : un élève-pilote avait suf- f isamment progressé pour être aux commandes pendant tout un vol, du décollage jusqu’à l’atterrissage. On était à 50 pi au- dessus du sol (AGL) lorsque j’ai constaté que l’élève se tortil- lait étrangement dans son siège avant et que le planeur commençait à rattraper le remorqueur. « Que se passe-t-il ?» lui ai-je demandé. « Ma ceinture s’est détachée », m’a-t-il ré- pondu. « Peux-tu voler l’avion sans boucler ta ceinture ?» lui ai-je demandé sur un ton d’urgence, en mettant Source : David Donaldson 4 Nouvelles 2/2019 les mains sur les commandes. L’élève a repris les commandes et a commencé à reboucler sa ceinture. Donc, j’ai répété ma question en ajoutant : « Si tu veux que je prenne les commandes, pas de problème ». Encore une fois, l’élève a repris les commandes du planeur. À la mon- • Volume 36 Numéro 5 36 Important ou pressant, à vous de juger Texte et photos : David Donaldson, Great Lakes Gliding Club. Publié dans Sécurité Aérienne — Nouvelles 2/2019 de Transports Canada

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