V26N3

Nous sommes en l’année 2012. Stéphane Barrette est instruc- teur-pilote à l’école de pilotage de Nadeau Air Service (NAS) Inc. Il adore son métier de pilote et son travail d’instructeur chez NAS. Stéphane compte plus de 2000 heures de vol à son crédit. Tommy Grenier a 22 ans et rêve de gagner sa vie comme pilote commercial. Il lui reste à terminer sa formation de vol aux instruments sur avion multimoteur avant de décro- cher une licence tant convoitée de pilote professionnel. De l’aé- roport de Trois-Rivières, le 15 octobre 2012, Stéphane et Tommy s’apprêtent à monter à bord du Piper P-34-200 bimo- teur C-GNAS de la NAS pour effectuer un vol de formation aux instruments. Jamais ils n’auraient pu anticiper l’aventure qu’ils étaient sur le point de vivre : un vol de routine qui aurait pu leur coûter la vie. Le vol se déroule bien. Stéphane et Tommy sont en direction de Victoriaville. Tommy occupe le poste de contrôle de gauche et est aux commandes de l’avion. L’instructeur Stéphane est à droite et observe son élève. Tommy effectue la procédure d’ap- proche aux instruments RNAV (GNSS) 1 RWY 06 à l’aéroport de Victoriaville. Tommy exécute l’approche interrompue ré- glementaire en montée pour 4000 pieds pendant que Sté- phane se rapporte au centre de contrôle (ACC). À une altitude approximative de 2100 pieds et une vitesse de 140 nœuds, le moteur droit explose et des f lammes engouffrent le fuseau- moteur. Une épaisse fumée envahit rapidement le poste de pi- lotage. Stéphane décide immédiatement de prendre les commandes et exécute de mémoire les items de la liste de vé- ri f ication d’urgence incendie moteur. Dans l’espace d’une mi- nute, un vol de routine vire au cauchemar. Ils déclarent une urgence et signalent leur intention de faire demi-tour et de tenter un atterrissage de détresse. Une minute plus tard, l’avion atterrit violemment dans un champ longeant la route 116 près de Princeville. Tout était terminé en l’espace de deux minutes. Viennent ensuite les services de secours. L’avion est immobile, sur son toit. Les Passagers sont vivants, mais gravement blessés. Mais que s’est-il passé pendant les deux minutes précédant l’atterrissage brutal du Piper C-GNAS? Le rapport d’enquête du BST no A12Q0182 relate qu’une fumée épaisse s’est immé- diatement in f iltrée dans la cabine malgré le fait que les leviers de contrôle du système de chauffage et de dégivrage étaient en positions « off ». De plus, les f lammes qui engouffrent le moteur droit et la chaleur intense qui s’ensuit se sont propa- gées vers la cabine et ont provoqué la combustion du matelas isolant et du porte-document sous la console de commandes, ainsi que des documents de vol. Stéphane décide de passer les commandes de l’appareil à son élève pendant que lui combat avec énergie le feu pris à ses pieds. La visibilité est nulle. La fumée est suffocante. Stéphane entrouvre la porte tandis que Tommy ouvre la fenêtre de son côté et tente de sortir sa tête pour voir devant avec l’intention de pouvoir atterrir. Stéphane s’évanouit. Cet accident a vite fait les manchettes des journaux au Québec. • Vol me 36 N méro 3 30 Marc Tremblay, président du C.A. Fondation Aérovision Québec L’histoire de Stéphane Barrette et Tommy Grenier : Quand un vol de routine vire au cauchemar Récipiendaires du Trophée Robert-Piché 2022

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