V26N1
• Volume 36 Numéro 1 33 Ensuite, il me donna un cap pour l’aéroport le plus proche. En l’occurrence, celui de Mont-Joli. Soulagé d’être secouru, je tournai vers le cap demandé et aug- mentai la puissance. Mais un bon vent de face d’une vitesse au sol de 110 nœuds nous ralentissait, ce qui obligeait l’Hercule à zigzaguer continuellement pour ne pas nous dépasser. Puis, le pilote militaire me demanda mon prénom et il me dit le sien à son tour. Pour toutes les communications subsé- quentes, nous allions utiliser nos noms au lieu de nos indica- tifs. D’une voix calme, le type s’efforça de me détendre en me questionnant sur mon village d’origine, mes enfants ou mon équipe de hockey favorite. Ainsi pris en charge, l’Hercule me ramenait à la maison comme un enfant. Finalement, mes yeux endoloris aperçurent une tache grise à l’horizon : le f leuve St-Laurent. Il était temps, je n’avais plus que 20 ou 30 minutes de carburant. Le Tiger m’en- courageait toujours comme on encourage un coureur à la f in d’un marathon. Entre deux questions personnelles, il m’informait de ma posi- tion par rapport à l’aéroport et gérait les communications ainsi que les tra f ics pour moi. Il me donna des consignes de cap et d’altitude, que je suivais consciencieusement comme si je faisais une approche aux instruments. Il me tint ainsi par la main jusqu’à l’approche f inale, lorsque je pus continuer en f in par moi-même en raidissant mon observation. L’atterrissage ne fut pas parfait, loin de là, mais nous étions au sol sain et sauf. L’Hercule nous survola et me lança sur les ondes : « Félicitation Fred ! Tu mérites un Oscar pour tes talents d’acteur! » Évidemment, vous aurez compris que cet incident était une si- mulation. En réalité, nous n’étions pas en situation critique, sans blessés, et je n’ai pas émis de MAYDAY. Il s’agissait d’un exercice conjoint Sérabec/ARC. Un scénario de ce genre, quoiqu’improbable, n’est pas non plus impossible et les mili- taires responsables des opérations SAR doivent être prêts à tout. Repérer un petit aéronef perdu dans l’immensité du ciel, faire voler un gros avion à basse vitesse et à basse altitude pour gui- der un pilote apeuré et désorienté, ça n’a rien de facile. Bref, ce fut un exercice extrêmement pro f itable pour l’équipage mi- litaire. De notre côté, en plus d’être amusant, ce vol mémorable nous a permis de mesurer l’ef f icacité et la rapidité d’interven- tion des ressources affectées au service de recherche et sau- vetage du Canada. C’est rassurant à savoir, même si on souhaite ne jamais avoir à faire avec eux…
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