V25N5

SEPTEMBRE / OCTOBRE 2021 66 Photos et texte par Pierre Lapprand Oui, vous avez bien lu! C’est bien écrit « TEST » en grosses lettres sur le fuselage de cet avion! C’était la pratique d’identifier ainsi les avions d’essai américains dans les années 40. Vous pourriez vous imaginer être le 24 février 1944, regardant cet appareil tout juste sorti d’un hangar de la Bell Aircraft Corporation à Wheatfield, NY, près de Niagara Falls. C’est le véritable appareil, arborant le numéro de série original 42-68941 et désigné P-63A-6, formellement accepté par la United States Army Air Forces (USAAF). HISTOIRE Le Bell P-63 Kingcobra Histoire Devenue aujourd’hui Bell Textron Inc. , bien connue pour la fa- brication d’hélicoptères, la Bell Aircraft Corporation construi- sait des avions de combat durant la Seconde Guerre mondiale. Le Bell P-63 Kingcobra est une version améliorée de son pré- décesseur, le Bell P-39 Airacobra, conçu en tenant compte des lacunes observées et des suggestions de ceux qui le pilotaient. Quelques mots sur le P-39 : bien qu’il soit l’un des principaux avions de chasse disponibles quand les États-Unis sont entrés en guerre en décembre 1941, la Royal Air Force l’avait rejeté à cause de l’inef f icacité de son turbocompresseur qui l’empê- chait de voler à haute altitude. Cependant, il faisait bien l’af- faire de l’Armée de l’air soviétique, dont la plupart des combats aériens avaient lieu à basse et moyenne altitude. Le P-39 avait bonne réputation. Il avait permis aux pilotes soviétiques de collecter le plus grand nombre de victoires aériennes attri- buées parmi tous les types de chasseurs américains utilisés par une force aérienne dans un con f lit. Le P-63 Kingcobra, bien que d’apparence similaire au P-39, avait été entièrement repensé et seules quelques pièces étaient interchangeables entre les deux avions. Sa silhouette élancée remarquable et son train tricycle peu commun à l’époque lui donnaient une impression de légèreté. Les P-39 et P-63 étaient d’ailleurs les premiers chasseurs équipés de ce type de train d’atterrissage. Aussi, la disposition inhabituelle du moteur, placé derrière le pilote de sorte que l’arbre de transmission de l’hélice passe entre ses genoux, en faisait un modèle unique et innovant. Autre fait notoire, l’habitacle y est accessible de chaque côté par une portière, comme pour une voiture! On peut imaginer le pilote poussant sur la portière contre la force du vent en plein vol s’il doit sauter en para- chute… Le P-63 n'a pas été accepté pour une utilisation au combat par l'armée de l'air des États-Unis. Cette fois encore, ce sont les Soviétiques qui en ont fait l’usage, eux qui avaient bien apprécié le P-39. Sur les 3303 chasseurs Kingcobra construits entre 1943 et 1945, ce sont environ 2400 appareils qui seront envoyés en Union soviétique, dans le cadre du programme prêt-bail passé avec les Américains. Les avions transitaient par le Montana, l’Alaska, le détroit de Béring et la Sibérie. Ils étaient convoyés principalement par les pilotes du WASP Program ( Women Air ­ force Service Pilots ), ces femmes entraînées à piloter toutes sortes d’avions et en faire la livraison. Les P-63 destinés aux Soviétiques avaient les ailes et le fuselage renforcés et le pare- brise muni d’un dégivreur. Les premiers exemplaires furent li- vrés dès juin 1944. Deux lignées de Bell P-63 Kingcobra arborant l’étoile rouge soviétique. Photo : Soviethammer.blogspot.com

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