V25N5

SEPTEMBRE / OCTOBRE 2021 67 HISTOIRE Au cours de la brève campagne militaire contre le Japon, les Kingcobra furent utilisés comme couverture aérienne aux troupes terrestres et aux navires et pour attaquer, bombarder et effectuer des vols de reconnaissance. Quelques dizaines d’avions furent basés en Extrême-Orient, en Transbaïkalie, en Mandchourie et en Mongolie, mais n’eurent pas à affronter beaucoup de résistance de la part de l’aviation japonaise. Les pilotes soviétiques appréciaient le P-63 pour sa facilité d'uti- lisation, sa cabine spacieuse et chauffée offrant une vue par- faite, une bonne avionique et un viseur de tir. Cependant, un problème d'usure du moteur apparut dès 1948. Il fut alors in- terdit de piloter ces avions à des vitesses extrêmes. Les King- cobra restèrent en action jusqu’à leur remplacement par des chasseurs à réaction en 1950. Le dernier P-63 qui leur ait été livré le fut à la f in septembre 1945. Mentionnons que l’Armée de l’air française reçut 114 de ces appareils en 1945, initiale- ment déployés en Algérie dans le groupe de chasse 2/6, puis plus tard en Indochine. Mais seulement une soixante d’entre eux y furent opérationnels, les Américains ayant refusé de leur envoyer des pièces de rechange. Le dernier vol qui y eut lieu fut en septembre 1951. Armement et mythe Le P-63 était muni de 4 mitrailleuses M2 Browning de 12,7 mm (0,50 po) : deux synchronisées dans le nez et deux dans les ailes. Ce qui le rendait particulièrement offensif, c’était son canon M10 de 37 mm tirant à travers le moyeu de l'hélice et muni d’une ceinture de munitions à maillons de dés- intégration, augmentant ainsi la capacité de munitions à 58 cartouches. Il pouvait transporter des bombes de 680 kg (1500 lb) sous ses ailes et son fuselage. Ce fameux canon de 37 mm est à l’origine d’un mythe, d’une idée fausse répandue en Occident, voulant que les chasseurs Bell aient été utilisés comme avions d'attaque au sol, voire comme chasseurs de chars. Il y avait dans les manuscrits russes de l’époque une ex- pression que les historiens interprétèrent différemment, soit « prikrytiye sukhoputnykh voysk » qui se traduirait plutôt par « couverture des forces terrestres » que par « appui au sol ». L’appui au sol consiste clairement à mitrailler des cibles au sol, voire attaquer des chars, tandis que la couverture des forces terrestres consiste à protéger les troupes contre des at- taques aériennes ennemies, ce qui correspondait plus aux mis- sions données aux pilotes des Cobra. De là à croire les articles de littérature laissant entendre que les P-63 n’auraient pas participé à des combats aériens? En contradiction avec un accord de 1943 statuant que les P-63 aient été interdits pour une utilisation soviétique contre l'Al- lemagne et qu’ils devaient être concentrés dans l'Extrême- Orient soviétique pour une éventuelle attaque contre le Japon, l'un des pilotes russes de Pokryshkin rapporte, dans ses mé- moires publiés dans les années 1990, que l'ensemble du 4e ré- giment d'aviation de chasse de la garde avait été secrètement converti aux P-63 en 1944, alors qu'of f iciellement ils volaient encore avec des P-39. Ils auraient été en action à Königsberg, en Pologne, et dans l'assaut f inal sur Berlin. Certains rapports allemands faisaient également état de P-63 abattus à la fois par la chasse et par la f lak. Hans Rudel, le pilote le plus décoré de la Luftwaffe, déclare dans ses mémoires : « Nous rencon- trons souvent des types d'avions américains, en particulier des Airacobra, des Kingcobra et des Boston. » « Pinball » Le Bell P-63 Kingcobra fut produit dans une dizaine de variantes, dont l’une, des plus surprenantes, le RP-63G « Pinball ». L’avion, peint en orange pour être très visible, était dépouillé de son armement et il était gainé d’une armure qui d’ailleurs « le fai- sait voler comme une enclume ». Le but poursuivi? Se faire tirer dessus par des élèves mitrailleurs de B-17 et de B-24. Chaque tir porté au but faisait clignoter une lumière rouge sur le nez de l’appareil. On l’avait surnommé le Pinball ( f lipper). Cette utilisation avait été décidée suite à des pertes trop éle- vées de bombardiers américains en 1943. Caractéristiques du P 63A Équipé d’un moteur Allison V-1710-117 V-12 de 1800 ch re- froidi par liquide, le P-63A pesait 4 tonnes en pleine charge. Il pouvait voler à une vitesse maximale de 660 km/h (410 mph) à 7620 m (25 000 pi). Sa caractéristique de vitesse faisait de lui un bon rival contre le Messerschmitt Me 109G-4 et le Focke-Wulf FW 190A-4. À des altitudes supérieures à 7500 mètres, le Kingcobra surpassait le Spit f ire Mk IX et le La- vochkin soviétique La-7. Il avait un plafond honorable de 13 105 mètres. L'équipement standard de tous les P-63 com- prenait le semi-compas radio MN-26Y qui facilitait essentiel- lement la navigation de nuit et dans les nuages. Mais malgré tous les efforts des concepteurs, le Kingcobra (comme l'Aira- cobra) était enclin à se mettre trop facilement en vrille. Le cen- tre de gravité se décentrait, une fois que les munitions logées dans le nez étaient épuisées. Les pilotes soviétiques devaient apprendre à en tenir compte. Autre caractéristique fâcheuse, le moteur avait tendance à surchauffer pendant le roulage au sol. Le modèle TEST d’aujourd’hui Le P-63 Kingcobra présenté dans cet article aurait of f icielle- ment commencé sa carrière d’avion d’essai le 15 juillet 1944, L’aileron ventral pour parer un problème d'instabilité latérale est bien visible sur cette photo. Air Show de Geneseo, NY. Photo : Pierre Lapprand À suivre dans prochaine parution...

RkJQdWJsaXNoZXIy NDY5MjU=