V25N5
SEPTEMBRE / OCTOBRE 2021 64 Le 13 novembre 1950 s’écrasait sur le mont Obiou, dans les Alpes françaises, un Douglas DC-4 transportant 53 passagers et 5 membres d’équipage. Aucun survivant. Inhumés dans un petit cimetière exclusif, ils sont accompagnés dans l’éternité par trois statues symboliques – celles-ci ayant été réalisées avec les débris de leur avion. COUP DE COEUR Hommage aux pèlerins canadiens Texte et photos : Richard Saint-George M ajoritairement originaires du Québec, ces fervents catho- liques étaient venus assister à la béati f ication de Mar- guerite Bourgeoys (1620–1700) par Pie XII, mais avaient célébré aussi l’Année sainte (prenant place tous les 25 ans). Arrivés, comme des milliers d’autres, un mois plus tôt par ba- teau, ces quelques privilégiés repartaient au pays par la voie des airs. Un trajet qui devait les mener le soir même à Paris, puis le lendemain – via une polaire jonchée d’escales – jusqu’à Cartierville (Québec). Le destin en décida autrement. Pris dans une forte tempête de neige, volant à moyenne altitude et sans équipement radar, le vol Canadian Pilgrim de la Curtiss-Reid Flying Service ne put éviter le relief. L’une des ailes toucha une arête du pic de l’Obiou. Précipité sur le versant nord, le qua- drimoteur se brisa. L’arrivée des sauveteurs – rendue pénible par l’obscurité, la mauvaise météo et le manque de moyens techniques – fut retardée de plusieurs heures. Sur place, un spectacle cataclysmique les attendait : épave disloquée (frag- ments étalés sur des centaines de mètres) et cadavres déchi- quetés (certains n’ont jamais pu être identi f iés). L’évacuation des corps de cette face escarpée demanda un effort considé- rable. En marge, on récupéra également des pièces structu- relles et quelques composantes mécaniques du Douglas DC-4 tandis que d’autres furent abandonnées au massif alpin. Idem pour de menus effets personnels. Cinquante-neuf années pas- sèrent… Complot, détournement ou accident ? En son temps et même encore aujourd’hui, la disparition des pèlerins soulève bien des interrogations. La thèse du simple accident ne fait pas l’unanimité. Certains af f irment que les pax n’étaient pas les seuls à bord… Ainsi, d’aucuns avancent qu’il y avait deux espions russes (ayant embarqué clandestine- ment ?) chargés de détourner l’aéronef vers Moscou. La rai- son ? Des documents top secret à intercepter. Ceux-ci – se rapportant à la guerre de Corée – auraient été transmis de la main du pape pour les assigner aux Américains. Une bagarre aurait-elle éclaté en croisière ? Ce qui pourrait avoir été alors le premier détournement aérien de l’histoire aurait-il dégé- Le cimetière de La Salette-Fallavaux – dernier repos des pèlerins canadiens et de l’équipage, depuis 1954 – édifié autour d’une chapelle datant du XIXe siècle.
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy NDY5MjU=