V25N3

MAGAZINE AIR V37N3 53 Chronique Les mouvements synthétiques des simulateurs Une pseudoscience imposée aux transporteurs Les transporteurs ont l'obligation de décaisser des mil ­ liards de dollars en fonctions et gadgets inutiles pour for ­ mer leurs pilotes en simulateurs de vol. Les législateurs ont une opportunité historique de recti f ier les exigences de certi f ication des programmes de formation des pilotes commerciaux. Malgré les milliards de dollars investis et un demi-siècle de re- cherche, il n'existe aucune démonstration d'un quelconque bé- né f ice des mouvements synthétiques de simulateurs pour la sécurité du public voyageur. Les frais d'opérations inutiles sont la dernière chose dont les transporteurs ont besoin. S'il est vrai que la vie ne sera plus la même après la pandémie, le temps est venu pour les législateurs de recadrer les exigences réglementaires et les normes de formation des pilotes sur les données probantes de la recherche. La simulation de vol est née en 1910 en Angleterre. Le com- mandant Haydyn Arnold Sanders innove alors avec son San- ders Teacher, fait de pièces restantes d'avions Sanders et installé sur un socle exposé aux vents. À la f in des années 20, Edwin A. Link développe le premier simulateur de vol améri- cain. La Deuxième Guerre fait rage alors que les Link Trainers forment les pilotes alliés par centaines. À partir des années 50, les avancées des servocommandes, des premiers calculateurs analogiques puis numériques ont permis le développement des simulateurs modernes que nous connaissons aujourd'hui. Les premiers systèmes de mouvements synthétiques bougent de quelques centimètres autour des axes roulis/tangage et uti- lisent un rotor à cames pour simuler les turbulences légères. Devant l'enthousiasme des candidats ainsi entraînés, les fabri- cants de simulateurs développent des dispositifs sensoriels toujours plus complexes, et... coûteux. Malgré qu'aucun des mouvements simulés ne reproduit réellement les mouvements d'un aéronef en vol, l'émerveillement des candidats et des ins- tructeurs est au rendez-vous. Les autorités de l'aviation civile sont séduites par l'entrain et imposent ces dispositifs dans les normes de formation (p. ex., Federal Aviation Administration, 2021). La question des mouvements synthétiques suscite un plus grand questionnement portant sur le niveau requis de f idélité pour obtenir un optimum de transfert de compétences, du si- mulateur vers l'avion. Gerathewohl (1969), dans une étude f i- nancée par la FAA portant sur le transfert d'apprentissage et le degré de f idélité des simulateurs, amalgame les pro- grammes de formation civils, militaires et spatiaux et compare les dispositifs partiels de formation ( Part Task Trainers ) aux simulateurs complets ( Full Flight Simulators) . Il conclut à l'ef- Le Sander Teachers en fonction, en 1910. Jean LaRoche, FRAeS Directeur de la recherche et du développement Centre québécois de formation aéronautique (CQFA) Gavan Lintern, Ph.D. Monash University Accident Research Center Melbourne, Australie

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