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Voilà un moment toujours excitant dans une carrière de pilote de ligne : le passage du siège droit au siège gauche du cockpit ! Spécialement lorsqu’il s’agit de notre première vraie transi- tion. C’est-à-dire la première fois dans une carrière où vous devenez commandant de bord sur une ligne aérienne. Pour un jeune copilote avec quelques centaines d’heure de vol derrière la cravate, l’instant est tout aussi intimidant que grisant et mé- morable. Laissez-moi vous raconter une histoire tirée de mon expérience personnelle… Tout commence par le fameux PPC (le « Pilot Pro f iency Check » ou le «contrôle des compétences-pilote»). Le redoutable test en vol de Transport Canada qui constitue la première étape de la transition. Au-delà de la routine habituelle déjà compliquée d’un test en vol multi-moteur aux instruments, le PPC aborde les procé- dures propres à la compagnie pour laquelle vous travaillez. En outre, il faut aussi démontrer qu’on peut « gérer » ef f icace- ment un copilote (rôle généralement joué par l’examinateur lui-même durant le test). Autrement dit, il faut être bien pré- paré physiquement et surtout mentalement. Dans mon cas, je venais d’avoir 24 ans lorsque ce moment dé- cisif arriva, après six mois comme copilote pour une petite compagnie aérienne régionale dans l’Est du Québec. Ayant eu la chance d’être jumelé à un commandant expérimenté (même s’il avait à peu près mon âge), j’avais appris énormément et j’étais mûr pour passer à gauche. Permettez-moi de vous faire monter avec moi dans l’avion pour le test. L’appareil est un Cessna 402, un avion bimoteur avec moteur à piston, de neuf places et au nez proéminent. C’est, en gros, l’équivalent du populaire Piper Navajo, en moins gracieux et moins performant. Mais c’est quand même une machine agréable à piloter et qui « fait la job ». Nous sommes un matin du mois de février 2002. La tempéra- ture avoisine les -10 degrés avec un beau ciel dégagé et, chose rare pour Rimouski, il ne vente pas. Une météo idéale pour un test en vol, ce qui était déjà ça de pris. Le test est prévu pour 13h. Comme d’habitude, je suis debout depuis 4h30 du matin pour la « run de lait » du matin qui consiste à faire un aller-retour vers Baie-Comeau et Sept-Îles. Au retour, une fois l’avion rangé, j’avais environ deux heures à tuer avant le test. Une attente interminable; rien de tel pour se remettre en doute et s’imaginer qu’on a tout oublié. C’est à ce moment que le stress est vraiment apparu et alla crescendo, jusqu’à l’arrivée de l’examinateur. Néanmoins, en testeur chevronné, ce dernier savait comment mettre son candidat à l’aise et à voir sa posture décontractée, j’ai repris entièrement le contrôle de moi-même. Sans être dé- tendu, je suis redevenu calme et serein, con f iant en mes capa- cités. La partie théorique au sol fut assez vite expédiée, et en moins de 40 minutes, nous étions dans l’avion. • Volume 35 Numéro 3 37 Écrit par : Frédéric Veilleux Auteur des livres Histoire d’un pilote et Plan de vol modifiable . fred_328@hotmail.com Il était une fois... un copilote devenu commandant de bord! Cessna 402 B. Crédit photo de l’auteur

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