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• Volume 35 Numéro 3 36 Comme on l’a vu, la base des opérations fut établie au lac à la Tortue près de Grand-Mère... mais tel n’était pas le plan origi- nal. Plusieurs papetières de l’association privilégiaient en effet un site plus au nord, le lac Wayagamack près de La Tuque. À la dernière minute toutefois, la compagnie Laurentide (prin- cipal promoteur du projet, par l’entremise de Wilson) f it ren- verser cette décision... alors que l’hydravion était déjà en route ! Les autres en prirent ombrage et, mauvais joueurs, retirèrent leur appui au projet à la f in de la première saison, alléguant les coûts élevés d’exploitation (en mesure de défrayer le sa- laire de quarante gardes-feu, arguait-on). Wilson sut convain- cre la Laurentide de continuer seule à exploiter le service. L’arrangement dura deux autres saisons, au cours desquelles de nouveaux aviateurs prirent la relève : Roy Maxwell, Allan G. McLerie, les frères Roméo et Irénée Vachon, d’autres aussi. En 1922, la division aérienne devint f inalement indépendante, adoptant le nom de Laurentide Air Service (LAS). Première compagnie d’envergure au Canada, sa f lotte grossit rapide- ment et les opérations se diversi f ièrent. La Laurentide Air Ser- vice fut notamment la première au pays à offrir un service régulier de transport de passagers, de marchandises et de courrier privé vers les camps miniers de l’Abitibi (volant par- fois aussi loin qu’à la baie James). En 1924, la LAS eut même « l’honneur » d’avoir à son bord le premier passager clandestin de l’histoire ! Un ouvrier des mines de Rouyn s’ennuyant de sa famille... Pendant ce temps, souhaitant développer le domaine de la photographie aérienne, Ellwood Wilson fondait en 1922 – toujours au lac à la Tortue – une autre compagnie aérienne : Fairchild Aerial Surveys Co. (of Canada). Ces deux initiatives, nées d’un esprit visionnaire, ont marqué l’histoire de l’aviation civile canadienne et consacré le lac à la Tortue comme berceau de l’aviation de brousse commerciale au pays. Ailleurs dans le monde... L’origine de l’aviation de brousse dans le monde, objet de fréquents débats, n’est pas simple à établir. En principe, tout vol au-dessus d’une étendue sauvage pourrait revendiquer le quali f icatif de vol de brousse. Or, au début du 20e siècle, les boisés n’étaient pas rares ! On peut considérer toutefois que le service expérimental de patrouilles de feux de forêts opéré à l’été 1915 par l’état du Wisconsin fut une étape im- portante. Durant cette campagne, le pilote L.A. « Jack » Villas fut même désigné temporairement « Deputy Forest Ranger ». En mars 1919, l’organisation belge SNETA fut fondée pour établir un service aérien de brousse au Congo belge (au- jourd’hui le Zaïre). Un de ses pilotes était George Mestach (premier aviateur à avoir volé dans le ciel de la ville de Qué- bec, en 1911). En avril 1919, les aviateurs français Lefranc et Rouhaud réussirent également une expédition de plus de 2 000 km en Afrique équatoriale aux commandes d’un hy- dravion monomoteur. Ces initiatives plus ou moins simulta- nées, ajoutées à celle du lac à la Tortue en juin 1919, étaient rendues possibles grâce à l’évolution fulgurante qu’avait connue l’aviation durant la Première Guerre mondiale. Elles témoignaient d’une recherche d’applications pratiques dé- passant le simple amusement des foules, comme cela avait été le cas avant la guerre. La Vigilance lors de son escale à Rivière-du-Loup. Collection Robert Graham Le personnel de la Laurentide Air Service en 1924. Quelques francophones y occupent des postes de mécaniciens, monteurs ou menuisiers, dont les frères Roméo et Irénée Vachon, Wilfrid Thibault, Arthur Simard et d’autres. Collection Robert Graham Un photographe aérien opérant une caméra Fairchild. Bibliothèque et Archives Canada, no PA-62895 Embarquement d’une caméra dans un avion Standard J-1 de la Fairchild Aerial Surveys en avril 1924. Collection de l’auteur

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