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• Volume 40 Numéro 3 38 Réflexion d’un pilote de 39 ans ! Un texte de Dave Picard Assis dans mon fauteuil, une bière à la main, je me berce douce- ment devant la télé. Soudain, une envie me prend : aller voir sur Internet quels avions sont à vendre. Peut-être qu’un jour, je chan- gerai le mien pour un quatre places. Mais en parcourant les annonces, je réalise plusieurs choses. Les prix ont littéralement explosé. Et, encore plus triste, il y a de moins en moins d’avions dispo- nibles. Que se passe-t-il? Les prix montent sans cesse et l’offre disparaît. Presque plus de 150, presque plus de Cub… presque plus rien. Je repense à mon enfance. J’avais cinq ans quand j’ai fait mon premier tour d’avion. Ce moment m’a mar- qué à vie. Je m’étais dit qu’à 18 ans, lorsque j’aurais l’argent, je suivrais mon cours de pilote privé et que je m’achèterais mon premier avion. C’était mon rêve. Et j’ai réussi. À 20 ans, avec l’âge et les moyens dus au travail acharné, j’ai obtenu ma licence et acheté mon premier avion : un Cessna 150 que je possède encore au- jourd’hui. Je l’avais payé 28 000 $, en 2008. Ça ne remonte pour- tant pas si loin. Aujourd’hui, à 39 ans, je discute avec des jeunes de 16, 17, 18, 20 ou 22 ans, qui rêvent de réaliser le même parcours. Mais ce rêve devient de plus en plus inaccessible. Comme pour les maisons, les prix montent et l’offre s’éteint. Ce qui me rend profondément triste, c’est de me dire que ce qui était possible hier ne l’est presque plus aujourd’hui. Alors je me pose la question : que va devenir l’aviation amateur au Québec, et même au Canada? Si on ne fabrique plus de Cessna 150 et autres modèles similaires par d’autres fabricants, si les constructeurs cessent de produire des petits avions abordables et accessibles, qu’adviendra-t-il? Il n’y aura pas de relève. Il y aura de moins en moins d’avions dans les airs, de moins en moins de pilotes, et probablement de moins en moins de services autour de l’aviation. On dirait que ce sport, ce loisir, est en train de mourir tranquillement. Je suis si triste pour mon loisir que j’ai peur pour l’avenir. La plu- part des avions que je vois aujourd’hui sont vendus en pièces. Mais chaque fois qu’un avion est démantelé, il ne réapparaît pas en dou- ble ni en triple… il disparaît tout simplement. Quand je vois des Cub, des Piper, des Cessna partir en morceaux, je me dis : une de moins, puis encore une autre de moins. Dans le temps, des avions, il y en avait! Maintenant, presque plus rien. Et surtout, plus rien d’abordable. Je crois que les jeunes vont se tourner vers autre chose. Et dans vingt ans, ce ne sera pas beau. Posséder un avion sera réservé aux gens riches et aux héritiers chanceux. J’espère de tout cœur qu’il y aura un changement, quelque chose qui ramènera ce sport, ce rêve, accessible à nouveau pour tous. Je le souhaite!
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