V30N2

• Volume 40 Numéro 2 35 Au Canada, l’hiver est une saison que nous croyons bien connaître. Nous sommes habitués à la neige, à la glace et à l’imprévisibilité qui viennent avec la saison froide. Toutefois, l’hiver que les Canadiens connaissent au sol n’est pas le même que les pilotes d’hélicoptères affrontent dans les airs. En effet, le vol à basse al- titude et les changements dans la météo hivernale sont un dé f i pour les opérations d’hélicoptères, qui se déroulent souvent dans des régions éloignées. Les risques sont bien réels, et ils sont souvent sous-estimés. Dans de nombreux événements qui ont fait l’objet d’enquêtes par le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) au cours des dernières années, des pilotes qui volaient en hiver se sont retrouvés dans des conditions météorologiques de vol aux instru- ments imprévues (IIMC). Ces enquêtes révèlent comment les con- ditions hivernales peuvent être sournoises, puisqu’elles peuvent se détériorer progressivement et, ainsi, entraîner la perte des repères visuels puis leur disparition complète. Pour les pilotes qui effectuent des vols selon les règles de vol à vue (VFR), il peut être dif f icile de reconnaître à quel point la visibilité est compromise jusqu’à ce qu’il soit trop tard. En l’ab- sence de formation, d’équipement et de procédures appropriés, même les pilotes expérimentés peuvent être désorientés dans les secondes suivant une perte de repères visuels. Bien que les pilotes puissent perdre leurs repères visuels en toute saison, l’hiver leur pose des dé f is additionnels. Au f il des ans, nous avons remarqué que le problème était parti- culièrement marqué dans les opérations d’hélicoptères. De 2021 à 2024, la proportion d’accidents qui mettaient en cause une perte de repères visuels était quatre fois plus élevée pour les hélicop- tères que pour les avions. Il s’agit là d’une tendance qui était présente bien avant 2021. Pendant plus de 30 ans, le BST a pressé Transports Canada de remédier aux problèmes de sécurité liés aux collisions d’hélicoptères avec le relief. Ce que les enquêtes du BST continuent de révéler Lorsque la visibilité commence à se détériorer, les pilotes doivent évaluer les conditions changeantes et déterminer s’il est sécuri- taire de poursuivre leur vol ou si des mesures correctives doivent être prises. Le BST a mené plusieurs enquêtes sur des événements lors desquels des pilotes d’hélicoptères qui effectuaient des vols VFR ont poursuivi leur vol dans des conditions qui fournissaient des repères visuels insuf f isants. Sans points de repère au sol et sans horizon visible, les pilotes sont exposés à de plus grands risques de désorientation spatiale. Trois enquêtes récentes du BST sont riches en leçons qui peuvent aider les exploitants à mieux gérer les risques associés aux opérations hivernales au Canada. Collision avec le relief (A21C0038) En avril 2021, un hélicoptère AS350 B2 est entré en collision avec le relief sur l’Île Grif f ith (Nunavut). Notre enquête subséquente a relevé certaines lacunes de sécurité découlant des dé f is propres aux opérations hivernales en régions éloignées au Canada. L’enquête a relevé que lorsque l’hélicoptère s’est approché de la plus haute élévation de l’île Grif f ith, il est probable que le relief Par Yoan Marier, président du Bureau de la sécurité des transports du Canada Les risques cachés de l’hiver : les pilotes d’hélicoptères commerciaux y sont-ils préparés? Deux photos des lieux de l'accident à l'île Griffith (Nunavut) (A21C0038), prises à quelques heures d'intervalle, montrant le relief sans traits caractéristiques et uniformément couvert de neige; un ciel couvert; et des bourrasques de neige (Source : BST)

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