V30N2
• Volume 40 Numéro 2 31 Martin Hivon, pilote de F-18 Texte de Jean-Pierre Bonin sur des propos par Martin Hivon en entrevue téléphonique. Photos Jean-Pierre Bonin (JPB) et US NAVY (USN) J’ai appris cet automne que Martin cessait de parti- ciper à des spectacles aériens et je trouvais cette nouvelle triste. Martin me dit que s’il ne compte plus faire d’acrobaties en mode « illimité », il continuera à participer à quelques spectacles aériens. Et je me suis mis à chercher un peu l’histoire de ce « person- nage » (car il en est un). Ça tourne toujours un peu autour de la même structure : mention de son passé dans l’Aviation royale canadienne (ARC)* sur CF-18, sur le fait qu’il a même été certifié pour ap- ponter sur porte-avions (CQ ou Carrier qualifica- tion) de la US NAVY, de son passage comme gestionnaire de l’aéroport de CYRI et bien sûr ses acrobaties aériennes lors de spectacles aériens. Ajoutons, sans compléter, son rôle de chef pilote chez Chrono Aviation et ses apparitions télévi- suelles, notamment dans la série AIR. Je présume que la plupart d’entre vous connaissent un peu l’histoire de son passage comme gestion- naire de CYRI et peut-être l’avez-vous vu faire des acrobaties aériennes dans son Christen Eagle ou dans son Yak-55M aux couleurs de Chrono Aviation. Mais j’étais intrigué par son « lointain » passé comme pilote dans l’ARC. Je voulais en savoir plus. Les propos que je vais relater ici sont issus d’un entretien téléphonique. Même sans le voir, il est évident que de parler de l’ARC a allumé quelque chose. Si vous avez regardé la série AIR à la télé, vous avez sûrement constaté comment ses yeux brillent quand il s’agit de sa passion. Martin, haut comme trois pommes, souhaitait devenir astronaute. Au final, à l’adolescence, il a plutôt opté pour un plan B : devenir pilote de chasse. Les gens de la région de Rivière-du-Loup n’étaient pas très encourageants… « Il y a personne de la région qui est devenu pilote de chasse ». Martin n’est pas du genre à se faire dire non et, sans expérience dans l’aviation, il s’est présenté au centre de recrutement de Québec. Comme ses études secon- daires et collégiales ne semblaient pas faire de sens pour lui, il n’y montrait pas beaucoup d’intérêt. Ça ne fait pas une carte de visite très attirante pour un recruteur. Virage à 180 degrés, il est re- tourné à Rivière-du-Loup (R-du-L) et s’est remis avec sérieux aux études. Il est aussi devenu officier d’infanterie de réserve, sa pre- mière expérience dans les Forces. Il a travaillé au recrutement des Fusiliers du Saint-Laurent avec Réal Turgeon, ancien pilote de Kiowa et ancien Coordonateur des Snowbirds. Martin a demandé à Réal Turgeon de l’enrôler dans l’ARC et c’est ainsi qu’il est éven- tuellement devenu pilote sur CF-18 (CF-188 pour les puristes). Il reste très fier de son passage dans l’infanterie, cette expérience lui a servi plus tard comme pilote de chasse pour comprendre le rôle de soutien aux forces au sol. Ce fut aussi utile lors de son ex- périence sur porte-avions américain. Les Marines ont tous une portion de leur formation faite dans l’infanterie. Martin et les Marines partageaient donc une compréhension commune de leur r M ô a le r . tin a été dans la US Navy comme instructeur pendant trois ans, en échange, de 2002 à 2005. Les pilotes de la Navy appren- nent tôt dans leur formation le langage de la Navy. Ils ont un vo- cabulaire spécifique « bateau » très différent de celui utilisé dans l’aviation. Son premier séjour sur un porte-avions, à l’été 2002, a donc été consacré à l’apprentissage des lieux et comment se dé- placer de l’avant vers l’arrière du navire, tout en sachant qu’il faut souvent changer d’étage pour ensuite revenir pour poursuivre sa « route ». Il a visité l’ensemble (sauf la section des réacteurs nu- cléaires ») et jasé avec le personnel pour comprendre leur rôle. Le personnel qu’il rencontrait le reconnaissait comme pilote, car Martin portait une combinaison de vol, mais son écusson aux cou- leurs du drapeau canadien faisait de lui un « touriste » à leurs yeux… Ils se faisaient une joie de tout lui expliquer. De retour sur porte-avions fin d’été 2003, c’est l’heure de se qua- lifier. Le porte-avion qui est utilisé pour ces qualifications sert ex- clusivement à cette fin pour la période donnée. On quitte le port, et, une fois arrivé en pleine mer, c’est un « ballet » continu d’avions qui décollent et atterrissent. Le changement de pilote se fait pen- dant qu’on ravitaille l’avion. C’est un feu roulant en continu même sur le pont. Les pilotes de la Navy se qualifient en solo d’abord en T-45 Goshawk. La CQ de T-45 est un événement séparé, ils sont les seuls sur le bateau. La CQ de F/A-18 est une sortie (1 semaine à 10 jours) qui comprend tous les types d’avions opérationnels en même temps. Le tempo est beaucoup plus élevé. Pour les pilotes Martin posant fièrement avec un F/A-18 avec son nom contre le poste de pilotage : Capt. M. Hivon « HIV ». Son indicatif d’appel (Call sign) semble à première vue une version écourtée de Hivon. Mais prononcez chaque lettre séparément en anglais… (Vous auriez VIH en français). Humour militaire ! (Photo USN)
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