V29N4

JUILLET / AOÛT 2025 57 1 contre 60 Le 27 octobre 1918, Barker livre un combat héroïque à bord du E8102. Alors qu'il doit seulement amener son appareil au dépôt, Barker (de son aveu, il dira qu’il avait été imprudent), décide de franchir les lignes ennemies, monte à une hauteur de 15 000 pieds et se trouve au-dessus de la forêt de Mormal, au nord de Valenciennes. Il est 8 h 25 le matin. C’est alors qu’il aperçoit un biplace d’observation ennemi volant bien plus haut que lui. Il décide de l’attaquer. Débute un combat tour- noyant durant lequel il neutralise le mitrailleur à une distance de 100 mètres, puis abat l’appareil ennemi qui se brise en deux. Seul le pilote s'échappe en parachute. Pris en chasse par un Fokker D.VII, il est atteint par une balle à la jambe droite. En douleur et en perte de contrôle, son avion part en vrille. Après une descente de plusieurs milliers de pieds, il se re- trouve alors au milieu d’une large formation d’environ 15 Fokker D.VII. Barker, courageux, chasse deux d’entre eux qui s’échappent en fuyant en vrille, puis abat un troisième à moins de 10 mètres de distance. Attaqué par d’autres Fokker, il est de nouveau atteint à la jambe gauche cette fois. C’est alors qu’il s’évanouit et perd encore le contrôle de son Snipe. Quand il reprend connaissance, il est de nouveau attaqué par un groupe de 12 à 15 avions ennemis. Il en descend un à moins de 5 mètres. Puis il est atteint par au moins deux balles, qui le blessent à la hanche gauche et au bras gauche; son coude est réduit en miettes. En état de choc et en douleur, il réalise qu’il ne pourra pas s’en sortir et qu’il doit combattre. D’autant plus qu’il n’a pas de parachute. Mais il s’évanouit de nouveau et son avion tombe hors de contrôle à 12 000 pieds. Reprenant en- core connaissance, il se retrouve à nouveau attaqué par plu- sieurs Fokker. Soudain, de la grosse fumée s’échappe de son appareil. Barker croit que son avion a pris feu. Désespéré et téméraire, il décide alors d’aller percuter volontairement un Fokker volant juste devant lui, il ouvre le feu à seulement deux ou trois mètres de sa proie. Le Fokker tombe en f lammes. Barker plonge à quelques milliers de pieds du sol pour rejoin- dre le camp allié. Mais une formation de huit Fokker lui barre la route. Il fait feu et réussit à les disperser. Gravement blessé et saignant abondamment, il vole en rase-mottes pour f inale- ment atterrir en catastrophe près d’un groupe de la section des ballons d'observation de la RAF, qui l'emmène dans un hô- pital de campagne et lui sauve la vie. Les derniers instants du combat furent suivis par quelque 100 000 combattants au sol. Son score de victoires passe à 50. (Source : The War in the Air Publication). La bravoure avec laquelle Barker a glorieusement combattu le 27 octobre 1918 sera par la suite récompensée par la Croix de Victoria le 30 novembre de la même année. Réf: The London Gazette, Second Supplement to The London Gazette o f FRIDAY, the 29th o f NOVEMBER 1918, Number 31042 at Pages 14203, 14204 . Cette médaille lui fut remise des mains propres du roi George V au palais de Buckingham le 1er mars 1919, alors qu'il se remettait toujours de ses blessures, ne pouvant mar- cher que quelques pas à l’aide d’une canne pour aller la rece- voir. Barker aura volé plus de 900 heures en missions de combat. Il a of f iciellement 50 victoires à son actif, incluant 9 ballons ennemis. Sa f iche de décorations fait de lui le soldat canadien, et de l’Empire britannique, le plus décoré à ce jour. Dans l’ordre dans la photo ci-dessous : la Croix de Victoria, l’Ordre du service distingué avec barrette, la Croix militaire avec deux barrettes, l'Étoile de 1914-1915, la médaille de guerre britannique 1914-1920, la médaille de la victoire avec feuille de chêne, une première médaille du courage militaire (Italie), la Croix de guerre avec étoile de bronze (France) et une deuxième médaille du courage militaire (Italie). Il fut éga- lement cité trois fois à l'Ordre de l'armée. Texte par Pierre Lapprand Le pilote William Barker (1894 – 1930) (2 e partie) HISTOIRE En septembre 1918, quand William Barker décide de retourner au combat après la campagne d’Italie, il est assigné à la 201 e escadrille dans le nord de la France. Son nouvel avion est le Sopwith Snipe 7F.1 immatriculé E8102. Le commandant d’escadre William George Barker en 1918. Photo : Bibliothèque et Archives Canada

RkJQdWJsaXNoZXIy NDY5MjU=