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• Volume 39 Numéro 3 29 Mais qu’a à raconter le neveu à Bobat ? Écrit par Francis LeBel Depuis que la série « Pilotes de brousse » est diffusée, mes chums me demandent si Denis LeBel, alias « Bobat », est parent avec moi. C’est avec une certaine fierté que je leur réponds ; « oui, c’est mon oncle ! » En partie, ceci expliquait pour eux, l’origine de ma pas- sion pour l’aviation. Le tout a commencé à la fin des année 60, à Gagnon ville. Encore aux couches, j’ai dû recevoir mon baptême de l’air dans un DC-3 de Québecair, peut-être le premier Cessna 180 de la Cie Fermont air service, que mon père avait fondée. Bien sûr, Denis en était le pilote. Plus tard, le travail de mon père nous amenait au Mont Wright, où la base de la Cie était établie au lac Daigle. À ce mo- ment, Denis pilotait le Cessna 206 ou un Beaver loué que la Cie opérait. Depuis ce temps, des voyages de chasse avec Denis, j’en ai fait plusieurs. Dans tous les cas, mon père s’organisait toujours pour avoir son frère comme pilote. Mes souvenirs m’amènent à réaliser que Denis avait ça dans le sang. Je ne connais personne qui rapporte de mauvais vols avec lui. Tout le monde s’est toujours senti en confiance avec lui, même dans les pires conditions. Il a l’instinct du pilote, il a du « pif » comme on dit et je constate que ça semble être de famille. Je me rappelle un vol en particulier où l’on revenait d’une chasse fructueuse vers Sept-Îles dans des conditions météo exécrables. Nous avions été forcés d’amerrir au Lac Manitou pour y passer la nuit. Le vol nous amenait tranquillement au ras de la cime des ar- bres dans une coulée que Denis connaissait bien. Mais puisque je n’en savais rien à ce moment, je regardais Denis en me disant ; « Tu ois savoir ce que tu fais… ? » Au même instant, il me dit ; « Casse pas ta tête l’sexe, on ne va pas dormir dans l’avion à soir ». Le bout du lac apparut entre les grandes falaises qui menaient vers les installations de la pourvoirie. Un appel au radio à cet ins- tant a suffi pour recevoir la bienvenue et un accueil des plus convi- viales. Les contacts de Denis sont infinis, assurément. La réputation de Denis le précédait partout où j’ai mis les pieds sur la côte nord et même avant. La première fois, ça se passait à l’ÉNA. Un de mes profs (salutations, Marc !) était mécanicien pour une Cie à Sept-Îles. Plus tôt, j’avais mentionné que mon oncle ap- pelait la plupart de ses passagers ; des « Bats ». Marc s’est souvenu alors d’un certain pilote qu’il avait croisé sur le quai du lac Rapide et s’est mis à raconter comment il avait connu le « personnage ». Denis attendait alors des « bobats » qui n’arrivaient pas pour leur voyage prévu et parcourait le quai de long en large en « réfléchis- sant » à voix haute. De toute évidence, cela lui avait manifestement marqué l’esprit, car il le racontait avec de belles émotions. Une au- tre fois, un compagnon de travail me racontait qu’il avait fait plu- sieurs voyages de chasse avec Denis alors qu’il était à Fermont et qu’il en gardait d’excellents souvenirs. Du coup, c’est aussi l’époque où Denis avait 2 emplois. L’un comme pilote et l’autre comme électricien pour QCM. Plus tard, dans un contrat de photographie pour de la cartogra- phie, Denis survolait la région de Baie-Comeau à bord d’un Beaver à plus de 10 000 pieds. « C’est mon ncle là en haut qui nous bour ‐ donne ça dans les oreilles », disais-je aux gars. « C’est qui ton oncle ? » « Denis LeBel » répondis-je. « Connais pas… », me répon- dit l’un d’eux. « On l’appelle aussi Bobat… », ajoutais-je. « Hein ! Bobat c’est ton oncle ! », me répondit-il à nouveau. À son retour cette journée-là, il en a impressionné plusieurs quand il a atterri le Beaver de façon magistrale par fort vent de travers à Pointe-Lebel. Une autre fois, je me rendais au lac Pau pour l’ins- pection d’un Otter d’Ashuanipi aviation. Quand je me suis présenté au pilote là-bas, qui devait constater une certaine ressemblance avec Denis, il s’exclama sans réfléchir ; « pas un autre bat ? » Denis est un personnage qui a son propre vocabulaire ; pour lui un jeune est un « sexé », un passager est un « bat », un avion est un « crate », une carabine est « un bâton à ragoût ». Denis ne t’em- mène pas à ton lac, il te « goale » à ton lac. Cette expression vient sans doute du temps où il était gardien de but au hockey dans les ligues de garage. Mon père jouait et Denis « goalait ». Quand on lui donnait l’impression d’être perplexe, il nous disait : « tu l’aimes pas ton hot ‐ dog ? » C’est ça Denis : un personnage coloré et sans malice ! Oui ; un personnage, avec un grand cœur, qu’on apprécie rapide- ment, qui donne toujours son 110 %. Il est fort comme un bœuf. Fort ai-je dit ? Avez-vous déjà vu Denis entrer des quartiers d’ori-
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