V28N3

Observation et prévision du phénomène (ENSO) C’est en 1996 que les observations et la lente évolution du phénomène d’oscillation australe (teneur en chaleur de l’océan) ont permis le développement de modèles de prédictions assez justes de prévision réussie d’El Niño. Depuis lors, les modèles de prévision se sont certes af f inés, mais il convient de poursuivre leur perfectionnement et de mieux comprendre encore la dy- namique des corrélations entre l’océan et l’atmosphère. Les données météorologiques et océanographiques qui permet- tent de surveiller et de prévoir les anomalies El Niño et La Niña sont recueillies à l’aide de systèmes d’observation exploités prin- cipalement par les Services météorologiques et hydrologiques na- tionaux. Il s’agit notamment de satellites, qui transmettent des informations sur la pluviométrie tropicale estimée, les vents et la température de l’océan ; de bouées, qui communiquent des don- nées sur les couches supérieures de l’océan et la température de la mer en surface, ainsi que de navires scienti f iques et de ra- diosondes, qui observent l’état de l’atmosphère et la situation météorologique. Les données recueillies utilisées par les modèles de prévision dy- namique et statistique permettent d’établir, à partir de la situation observée à un moment donné, des projections relatives à l’évolu- tion des conditions dans la partie tropicale du Paci f ique. Ces dernières sont complétées par les analyses d’experts. Quelle que soit la méthode de prévision utilisée, on s’efforce de prendre en compte les effets des interactions de l’océan et de l’atmosphère sur le système climatique. Les observations relatives à la partie tropicale de l’océan Paci f ique sont cruciales pour la prévision des épisodes El Niño et leur sur- veillance. Le réseau de systèmes d’observation actuel a été mis en place il y a 20 ans. Le dé f i, aujourd’hui, consiste à continuer de faire fonctionner ses principales composantes et de faire face, no- tamment, à la détérioration du réseau de bouées. Des mesures ont été prises pour, d’une part, renforcer et améliorer le système d’ob- servation a f in de le rendre plus solide et mieux intégré, et répon- dre ainsi aux besoins à venir et, d’autre part, convaincre de nouveaux partenaires de le soutenir. Les conséquences d’El Niño Les épisodes El Niño peuvent avoir comme répercussion globale d’augmenter la température moyenne à la surface du globe, alors qu’une tendance au refroidissement est associée aux épisodes La Niña. Ainsi, l’épisode El Niño de 1997-1998, de forte intensité, a été suivi d’une anomalie La Niña de longue durée, qui s’est man- ifestée du milieu de l’année 1998 au début de 2001 et a eu des répercussions incontestables sur la température à l’échelle mon- diale. La f igure ci-dessus montre les anomalies de la température à la surface du globe (terres émergées et océans), par année, entre 1950 et 2013, par rapport aux normales de 1961-1990 ; lorsqu’un épisode La Niña modéré à fort était déjà amorcé au début de l’an- née, celui-ci est signalé en bleu ; lorsqu’un épisode El Niño mod- éré à fort était déjà installé au début de l’année, celui-ci est signalé en rouge ; les autres années sont indiquées en gris. Notez aussi qu’indépendamment du phénomène El Niño, on ob- serve une tendance à long terme au réchauffement du climat à l’échelle mondiale, en raison de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique et industrielle, qui reti- ennent la chaleur dans l’atmosphère. Les phénomènes El Niño et La Niña ne font que nuancer cette tendance sous-jacente, le pre- mier en ampli f iant le réchauffement, la seconde en le freinant. On se souviendra de 1998, année pendant laquelle un épisode d’intensité particulièrement forte a été observé, qui se classe au deuxième rang des années les plus chaudes depuis le début des relevés. Elle arrive derrière 2010 (année à El Niño), ex aequo avec 2005, toutes deux caractérisées par une température moyenne dépassant la normale d’environ 0,55 °C, qui était de 14 °C (1961- 1990). En 1998, c’est le fameux verglas qui a frappé le nord-est de l’Amérique du Nord. La f igure 4 en présente la raison : l’hiver fut moins froid, et les précipitations plus abondantes… Pour conclure En mai dernier, une journaliste de France Presse (M me Nina Lar- son) citait l’Organisation météorologique mondiale qui estimait qu’El Niño avait 60 % plus de chance de se développer d’ici la f in de juillet. Cependant, le 4 juillet 2023, l’OMM a con f irmé que nous sommes en 2023 dans une année El Niño (voir référence plus bas). Sa dernière occurrence a été en 2018-2019. Depuis février 2023, les anomalies mensuelles moyennes de la température de surface dans le centre est du Paci f ique équatorial se sont considérablement réchauffées, passant de près d’un demi- • Volume 38 Numéro 3 44 Figure 3 — Anomalies des températures 1950 - 2013

RkJQdWJsaXNoZXIy NDY5MjU=