V28N2

Après une brève bifurcation sur la visite de l’ouragan Fiona , voici le dernier article à propos de la circulation thermohaline. Dans les précédents articles, je vous ai décrit cette circulation thermo- haline, ses moteurs ainsi que les conditions climatiques qui la menacent. Dans les paragraphes qui suivent, je présente ce qui est prévisible dans l’éventualité d’un arrêt de ce magni f ique cli- matiseur. Dans l’article précédent, je décrivais l’un des effets du réchauffe- ment climatique, entraînant une fonte des calottes polaires. Comme les calottes glaciaires sont composées uniquement d’eau douce, la fonte continue entraînerait une dilution du niveau de salinité des eaux océaniques environnantes. Les changements dans les niveaux de salinité pourraient in f luer sur les courants de la circulation thermohaline en empêchant l’eau d’atteindre une densité suf f isante pour couler au fond de l’océan. Plus sérieuse- ment, les courants océaniques pourraient s’arrêter complète- ment. Plusieurs océanologues et climatologues pensent que ce ralen- tissement est en partie lié au réchauffement climatique, car la fonte de la glace dans l’Arctique modi f ie l’équilibre des eaux dans le nord du globe. Son impact peut être observé dans les tempêtes, les vagues de chaleur et l’élévation du niveau de la mer. On sait que dans le passé, la circulation thermohaline s’est arrêtée. Les roches et la glace témoignent de l’arrêt des courants océaniques pendant des périodes de temps dans l’histoire. Un ex- emple peut être trouvé il y a environ 13 000 ans lorsque la chaleur ressentie à la f in d’une période glaciaire a fait fondre de grandes masses de glace dans la mer. Les changements de densité de l’eau qui en ont résulté ont empêché les courants océaniques de cir- culer et ont provoqué des conditions de gel dans certaines parties du monde pendant plus de 1 000 ans. Certaines études tentent de décrire (hypothétiquement) ce qui pourrait arriver dans l’éventualité d’un arrêt de la circulation thermohaline. Une nouvelle étude publiée dans la revue Nature Geoscience 1 envoie un avertissement et explique que le Gulf Stream, courant de l’Océan Atlantique qui joue un rôle essentiel dans la redistribution de la chaleur dans le système climatique de notre planète, se déplace maintenant plus lentement qu’aupara- vant. Le Gulf Stream fait partie intégrante de la circulation océanique méridienne dans l’Atlantique — Atlantic Meridional Overturning Circulation ou AMOC. L’auteur de l’article nous rappelle que le phénomène a été porté à l’attention du public par le f ilm The Day A f ter Tomorrow (Le Jour d’après) — sorti en 2004 dans lequel le courant océanique s’arrête brusquement, provoquant d’effroy- ables tempêtes dans le monde, une super tornade à Los Angeles et un mur d’eau qui vient s’écraser sur New York. Il faut toutefois ajouter que si le Gulf Stream devait s’arrêter, le résultat ne serait pas aussi soudain?; les impacts s’étaleraient probablement sur des années, voire des décennies, mais seraient certainement dé- vastateurs pour notre planète. Des recherches récentes ont montré que la circulation thermoha- line a ralenti d’au moins 15 % depuis 1950. Ce ralentissement a probablement déjà un effet sur les systèmes terrestres et on es- time que d’ici la f in du siècle, la circulation pourrait ralentir de 34 % à 45 % si la hausse des températures persiste à l’échelle de la planète. Les scienti f iques craignent qu’un tel ralentissement fasse atteindre un point de basculement qui rendra la situation irréversible. La circulation thermohaline dans l’Atlantique est facile à expliquer. Comme l’équateur reçoit beaucoup plus de lumière directe du soleil que les pôles (qui sont plus froids), la chaleur s’accumule sous les tropiques. Dans un effort d’équilibre, la Terre envoie cette chaleur vers le nord depuis les tropiques et envoie du froid vers le sud depuis les pôles. C’est comme cela que le vent souf f le et que les tempêtes se forment. La plus grande partie de cette chaleur est redistribuée par l’atmosphère, mais le reste est déplacé plus lentement par les océans par le biais de la circulation thermoha- line, cet ensemble de courants qui relient les océans du monde (voir la carte ci-dessous). Si les courants océaniques venaient à s’arrêter, le climat pourrait changer, notamment en Europe et dans les pays de l’Atlantique Nord. Dans ces pays, les températures chuteraient et auraient des répercussions aussi bien sur les humains que sur les plantes et • Volume 38 Numéro 2 43 Dans la série —Les phénomènes météorologiques. La circulation thermohaline (quatrième et dernière partie) Par Michel Guy Paiement

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