V26N3

MAI / JUIN 2022 66 P endant la Deuxième Guerre mondiale, il a été utilisé pour la recherche et le sauvetage en mer. Lorsqu’un pilote tom- bait en pleine mer, un de ses coéquipiers relevait sa position et la transmettait au centre de secours du Coastal Command qui pouvait alors lui envoyer un Lysander muni de bidons contenant des canots pneumatiques. Trouvant le pilote, il lui larguait un canot gon f lable et jetait des fumigènes. Le Lizzie était suivi par un avion amphibie, comme un Supermarine Walrus, qui pouvait rapidement repérer le pilote grâce aux fu- migènes, amerrir et le secourir. Au Canada, dès 1938, les Ly- sander rendaient service en recherche et sauvetage ainsi que pour la protection navale au sein des escadrons de coopéra- tion militaire de l’Aviation royale canadienne (ARC). Mais sa grande célébrité venait de ses missions de transport de passagers clandestins en territoire occupé. Atteignant une autonomie de 1000 km grâce à un réservoir supplémentaire de 150 gallons, ce taxi aérien effectuait des missions dange- reuses de nuit quand la Lune voulait bien coopérer. Voici un exemple du déroulement d’une mission typique pour amener deux passagers et en ramener deux autres en zone libre, souvent des agents secrets ou des pilotes parachutés re- tournant en Grande-Bretagne. À l’approche de l’avion, les ré- sistants allumaient trois lampes-torches ou des feux, soit un au seuil, un au bout de la piste improvisée et un troisième pour faire la forme d’un L. Puis, avec une lampe, l’un des résistants envoyait au pilote une lettre secrète en morse, prédé f inie pour la mission. Si jamais le pilote ne reconnaissait pas cette lettre, il faisait aussitôt demi-tour, craignant un piège! Une fois posé, le pilote roulait jusqu’en bout de piste, faisait un 180 degrés pour un décollage rapide et sortait son arme de service au cas où l’opération devait mal tourner. Avant de descendre, les deux passagers lançaient leurs sacs aux deux personnes qui allaient monter, et réciproquement. Il suf f isait de quelques minutes pour que l’échange de passagers ait lieu! Surtout qu’à cette f in, une petite échelle était f ixée sur le côté du fuselage. Ces opérations de taxi aérien se sont bien déroulées. Il y eut peu de pertes : une pour du mauvais temps, une autre par un appareil abandonné après s’être enlisé dans la boue. À cette occasion, les Allemands avaient obtenu l’aide d’un fermier du coin pour aider à le dégager, sans savoir que cet homme-là fai- Photos et texte par Pierre Lapprand HISTOIRE Mission Lysander (2 e partie) Surnommé « Lizzie », le Lysander, devenu obsolète dès 1940 dans ses rôles primor- diaux de liaison interarmées, se verra par ailleurs attribuer d’autres rôles très impor- tants par la suite. Lysander en mission, Gatineau-Ottawa Air Show, 2021. – Photo Pierre Lapprand Le Lysander de la collection Shuttleworth en 2017. À noter l’échelle fixée sur le fuselage. – Photo Alan Wilson

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