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• Volume 36 Numéro 3 42 Je disposais de quelques minutes avant l’arrivée de mon pre- mier élève, et j’ai donc pris mon café en compagnie de Grizzly. J’ai découvert qu’il venait « d’la campagne pas loin » et qu’il avait passé pas loin de 10 ans à reconstruire le Champ qu’il avait endommagé en faisant un tonneau dans la neige molle. « Tant qu’à y être, j’ai aussi r'monté l’moteur. » J’ai essayé de lui faire comprendre gentiment que la station d’information de vol aidait à espacer le tra f ic aérien et que c’était pour cette raison qu’il fallait que les pilotes communi- quent avec elle avant de voler dans le secteur. Grizzly s’est pen- ché pour regarder par la fenêtre. Puisqu’il était tôt samedi matin, il n’y avait aucun appareil en vue. « Ils ont du pain sur la planche », a-t-il dit en riant. Je n’ai pu m’empêcher de penser que ce pilote un peu rude vi- vait à une autre époque. Les règlements aériens qu’il enfrei- gnait visaient à assurer la circulation ordonnée de tous les avions, rapides ou lents, pilotés en vol à vue ou aux instru- ments. Le fait qu’il démarre seul son avion de façon manuelle contrevenait à une règle de sécurité bien connue. Grizzly croyait que monter dans un vieil avion lent pour aller prendre un café dans un aéroport des environs par un samedi matin constituait le summum du vol d’agrément. De l’aire de tra f ic, le Champ paraissait en bon état, et Grizzly ne semblait avoir aucune dif f iculté à le piloter. Avec un peu de formation et un léger investissement, il pourrait, s’il le voulait, s’intégrer à notre ère moderne, et plus sécuritaire, de l’aviation de loisirs. Mon élève est arrivé et Grizzly est parti avant que j’ai pu lui en faire la suggestion. Je l’ai regardé démarrer le moteur à la main, tourner l’avion, monter à bord et décoller. Le téléphone a sonné. J’ai laissé quelqu’un d’autre répondre. Le samedi suivant, il était de retour. Cette fois-ci, lorsque l’avion s’est immobilisé de l’autre côté du banc de neige, Grizzly a laissé le moteur tourner. Il a placé les morceaux de bois sous les skis et s’est dirigé vers le bureau. Le téléphone s’est mis à sonner avant même qu’il ait traversé la moitié de l’aire de tra f ic. « Bonjour, l’appel est encore pour vous », lui ai-je dit au mo- ment où il franchissait la porte. « Assez frisquet aujourd’hui, hein ? » « À qui le dites-vous?», lui ai-je répondu. Il a pris l’appareil. « Allo ? » « Ben sûr que j’l’ai laissé tourner. La s’maine passée, vous m’avez engueulé pour l’avoir démarré à’main. » « Mon numéro de licence de pilote ? J’ai pas d’licence de pilote. C’est mon père qui m’a montré à voler et y’avait pas d’licence, lui non plus. » « Le numéro d’immatriculation d’l’avion ? J’en sais rien, mais y’est comme neuf depuis l’accident. » « Comme vous voulez. » Il a raccroché et a froncé les sourcils. « Y veut voir des papiers, mais j’ai pas d’papiers. » Il s’est gratté la tête pendant un moment puis a dit : « J’pense que j’va prendre mon café pour apporter. » C’est ce qu’il a fait. Au moment où il tournait l’avion par l’empennage, le télé- phone a sonné. « Bonjour, école de pilotage. » « Non, il n’y a aucun numéro d’immatriculation sur l’avion », ai-je répondu. C’était la vérité. Le petit avion accélérait sur l’entrepiste. « Son nom ? Je crois qu’il a dit que c’était Grizzly Adams. » Le samedi suivant, Grizzly a probablement décidé d’aller ail- leurs. Garth Wallace est pilote, conférencier et journaliste indépen dant. Il demeure près d’Ottawa (Ont.). Il a jusqu’ici écrit onze li vres sur l’aviation qui sont disponibles sur plusieurs plateformes, dont Amazon et thriftbooks.com.
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