V26N3
• Volume 36 Numéro 3 26 L’équipement radio, lourd et encombrant, mit du temps à s’im- planter dans le cockpit des avions. Faute de mieux, les pre- miers aviateurs avaient parfois recours à un système de communication pour le moins inusité : les pigeons voyageurs! Typiquement, l’équipage montait à bord avec une cage con- tenant généralement deux pigeons. En cas d’avarie, un mes- sage (révélant aux secouristes la position de l’avion) était introduit dans une petite capsule en aluminium attachée à l’oiseau. Il n’y avait alors plus qu’à espérer que le pigeon retrouve son chemin ou ne se fasse pas intercepter par un oiseau de proie... Le 17 mai 1918, durant la Première Guerre mondiale, le pilote canadien Stuart Graham fut contraint de transmettre un tel message. Son hydravion Short éprouvait ce jour-là des ennuis de moteur au large des côtes anglaises. Un message (rédigé sur un bordereau of f iciel oblitéré GOVERNMENT PIGEON SERVICE) fut envoyé, avec instructions pour la personne le dé- couvrant de le déposer au bureau postal ou télégraphique le plus proche. Sur le message (reproduit ci-contre), on pouvait lire : « Pilote Graham, Observateur Owen. Circulant sur l’eau vers la base » [notre traduction]. Sur cet autre message, l’équipage n’a eu que le temps d’écrire : « Sur l’eau, attaqué par 3 Boches » [notre traduction]. Aucune position ni identi f ication ne sont cette fois fournies. On peut presque sentir l’urgence de la situation. Baptisé Pilots Luck, le pigeon qui ramena l’information parcourut 200 milles en 5 heures. Les faits d’armes des pi- geons voyageurs durant les deux guerres mon- diales sont bien documen- tés. Pas moins de 32 pi- geons furent même décorés de la médaille Dickin, remise à des ani- maux pour honorer leurs actions en temps de guerre (les autres réci- piendaires — beaucoup moins nombreux — inclu- aient des chiens, des chevaux et même un chat). Utilisé par l’aviation de brousse Chez les pilotes de brousse, le système avait également son utilité. En 1922, le rapport d’un arpenteur du Lac-Saint-Jean indiquait que les pigeons voyageurs avaient « servi les avions utilement, faute de radio, à plusieurs reprises ». Une drôle d’histoire raconte également que le service aérien de l’Ontario avait un jour commandé des Pays-Bas, au prix de 125 $ chacun, deux pigeons voyageurs d’un lignage pur sang, dans le but d’améliorer la performance des pigeons dont dépendaient ses pilotes. Peu de temps après, un des hy- dravions du service (emportant justement un des oiseaux) fut contraint d’effectuer un amerrissage forcé sur un lac perdu. Comble de malchance, le pilote constata que les rations de survie étaient manquantes. Pesant les pour et les contres, l’a- viateur en arriva à la conclusion que l’oiseau lui serait plus utile dans son assiette que comme service de messagerie, s’of- frant en pleine forêt un repas à 125 $ le couvert… soit près de 3 000 $ en valeur actuelle ! Le pigeon fut of f icielle nt déclaré « Government Pigeon Service… le premier système GPS! » Écrit par Pierre Thiffault pierrot.volant@gmail.com Communiquer… avant l’ère des télécommunications
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