V25N6
• Volume 35 Numéro 6 36 Dans l’article du numéro précédent, j’avais raconté de quelle façon nous avions été impactés par les attentats du 11 septembre 2001. Entre autres, je faisais référence à l’atmosphère de paranoïa qui s’était installée dans les aéroports. Laissez-moi vous raconter un incident révélateur de l’état d’esprit de cette période troublée. L’action se déroula au mois de juillet 2002, alors que j’étais commandant de bord sur un Cessna 402 basé à Havre St -Pierre. Tous les matins des jours de semaine, nous avions une « run» de lait à effectuer : HSP — Anticosti (Port-Menier) — Sept-Îles, aller-retour. Un beau matin, quelques minutes avant le décollage de HSP, j’ai reçu un appel d’un collègue de Baie-Comeau. Il me demandait d’apporter le « bec » à haute pression de notre pompe à carburant. Il faut savoir qu’à HSP, notre compagnie opérait une « station-service » pour avion et qu’une de mes fonctions, en plus de m’occuper de tout ce qui avait trait aux vols, était de fournir du carburant aux aéronefs de passage. L’accessoire que je devais trimballer était l’embout qui se f ixe sur la lance et qu’on connecte sur les avions pour faire le plein à grand débit. C’est un bidule qu’on utilise pour le ravitaillement des moyens et gros appareils, et que je n’avais jamais encore utilisé. Bref, je pique une course dans le hangar pour récupérer le bidule. Après quelques minutes, je f inis par le trouver au fond d’un placard. Je le saisis et le tournai dans mes mains pour l’examiner sommairement. Puis, je le fourrai dans un sac en plastique et je suis retourné à l’avion, où je l’ai mis dans la soute de nez. Une fois atterrit à Sept-Îles, je me stationnai à côté de l’avion de mon collègue qui arrivait de Baie-Comeau et qui devait prendre le bidule à son bord. Alors que j’escortais les passagers jusqu’au terminal, j’ai demandé à mon copilote d’apporter le colis pour le remettre à notre collègue. Toutefois, mon copilote se contenta de déposer le colis par terre au pied de son avion, et rentra me rejoindre à l’intérieur pour préparer le vol de retour. Dix minutes plus tard, nous décollions pour HSP. Un peu plus tard, notre autre pilote, en retournant à son avion, ne trouva pas notre colis sur le sol comme mon copilote l’en avait informé. Intrigué, il balaya le tarmac du regard lorsqu’il vit un homme avancer vers lui. C’était un préposé au bagage. - Est-ce que c’est tu cherches quelque chose ? s’enquit-il. - Oui, répondit le pilote. Un collègue avait laissé un paquet pour moi sur le sol et il n’est plus là. - Je sais de quoi tu parles. Les gars de la sécurité l’ont ramassé. - Ah oui ? Pourquoi ? - Ben voyons ! rétorqua l’homme comme si la réponse était évidente. On ne laissa pas un paquet sur le sol sans surveillance auprès d’un avion. Ils ont dû penser que c’était une bombe ! Ils doivent l’avoir emmené à leur bureau. Estomaqué, mon collègue alla voir à la sécurité. Il trouva effectivement deux hommes, bâtis comme des armoires à glace, assis autour d’une table sur laquelle était déposé le bidule, sorti du sac. - C’est toi qui as laissé traîner ça ? demanda l’une des deux armoires. - Non. Mais c’est moi qui devais le récupérer. Il est arrivé par l’avion d’Havre St -Pierre il n’y a pas longtemps. - C’est arrivé par avion, tu dis ? On sait que ce n’est pas une bombe, mais regarde ce qu’il y avait dedans, ordonna-t-il. Mon collègue observa un petit récipient rempli d’un liquide clair. - C’est du gaz, af f irma-t-il. C’était à l’intérieur du bidule. Effectivement, sans que je le sache, il y avait une sorte de compartiment dans le bec. Malheureusement, une petite quantité de carburant était coincée à l’intérieur. À peine 150 ml. Écrit par : Frédéric Veilleux Auteur des livres Histoire d’un pilote et Plan de vol modifiable . fred_328@hotmail.com Il était une fois... la GRC et moi!
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy NDY5MjU=