V25N5

• Volume 35 Numéro 5 30 Écrit par : Frédéric Veilleux Auteur des livres Histoire d’un pilote et Plan de vol modifiable . fred_328@hotmail.com Il était une fois... le 11 septembre 2001! En septembre de cette année, cela fera vingt ans que se seront produits les événements qui ont bouleversé le monde de l’aviation, et la planète en général. Je parle évidemment des attentats qui ont eu lieu aux États-Unis, alors que des terro- ristes ont détourné des avions de ligne pour les faire s’écraser sur des symboles de la puissance américaine (le Pentagone à Washington, et le World Trade Center à New York). Loin de moi l’idée de décrire ces événements que vous connaissez tous. Par-contre, laissez-moi vous raconter de quelle façon j’ai vécu cette journée en tant que pilote profes- sionnel sur une ligne aérienne régionale, et comment cela a impacté nos opérations. À cette époque, je volais comme copilote sur un bimoteur de type Cessna 402. Depuis trois mois, j’étais à l’emploi d’une pe- tite compagnie aérienne régionale dont la base principale était à Baie-Comeau, avec des bases secondaires à Havre St-Pierre et Rimouski. Nous faisions principalement du transport de passager un peu partout dans l’Est du pays. Pour ma part, j’étais basé à Rimouski, probablement la base la plus achalandée des trois. Deux fois par jour, nous avions une « run » de lait à accomplir (Rimouski – Baie-Comeau - Sept- Îles, aller-retour), agrémenté de quelques nolisements par-ci par-là. Les heures de vol montaient vite et bien que je n'étais pas payé, j’étais heureux dans mon travail. Ce jour-là, un superbe mardi matin ensoleillé de septembre, nous avions décollé de Rimouski vers 7h00 comme à l’accou- tumée. Les conditions de vol étaient tout simplement par- faites. Le vol était facile, pour autant que cela soit possible avec des passagers. Après notre dernier atterrissage, vers 9h45, le contrôleur de la FSS de Mont-Joli nous ordonna sur la radio de serrer l’avion pour la journée. Étonné, je tournai la tête vers mon commandant. Il était aussi perplexe que moi. De quoi se mêlait-il ? Le contrôleur, avec qui nous avions d’ordinaire une très bonne relation, n’avait pas l’habitude de se mêler de nos affaires et encore moins de nous donner des ordres. - Nous avons d’autres vols en après-midi, répondis-je après quelques secondes. On va se reparler plus tard! - NON ! On ne se reparlera pas aujourd’hui, con f irma- t-il d’un ton qui n’appelait aucune réplique. - Regardez la télévision quand vous pourrez, ajouta-t- il avant que je ne puisse répliquer. Vous allez com- prendre… Là, il avait piqué notre curiosité. Que se passait-il ? Nous avions perçu la gravité (avec une pointe d’anxiété, sinon de pa- nique) dans le ton de voix du contrôleur. Assurément, ce n’était pas le ton d’un farceur. Il ne blaguait pas. Dans l’immédiat, il nous fallait terminer notre boulot. Trois passagers nous accompagnaient, aussi ignorants que nous de ce qui se déroulait. Dans ce temps-là, personne ou presque n’avait de téléphone intelligent. Donc, pas d’internet avec les nouvelles toujours à portée de main. Nous les avons débarqués et remerciés, sécurisés l’avion et en- suite on est entré dans notre minuscule bureau. Il n’y avait pas de téléviseur, mais notre agente de comptoir avait la tête collée sur une très vieille radio qui crachait des paroles presque inin- telligibles. À notre entrée, elle tourna la tête vers nous les yeux dans le vide et la mâchoire pantelante. Jamais je n’oublierai son expression faciale. J’avoue que j’eus de la dif f iculté à croire la nouvelle qu’elle nous annonça. Une des tours du World Trade Center à New York venait de s’effondrer! Je lui ai demandé de monter le vo- lume, mais le son était si mauvais qu’on ne comprenait pas ce que disait le speaker. Sans tarder, je tournai les talons et re- tournai chez moi, où j’ai pu en f in comprendre ce qui se passait. C’était tout bonnement incroyable. Fasciné par les images, je passai la journée devant mon télé- viseur. Une des lignes d’information continue qui dé f ilaient continuellement au bas de l’écran me concernait directement : « Tous les avions, partout en Amérique du Nord, sont interdits de vol jusqu’à nouvel ordre ». Effectivement, tous les avions du pays durent rester au sol à leur emplacement actuel, ou encore se poser à leur destination s’ils étaient en vol, sans avoir le droit d’en repartir.

RkJQdWJsaXNoZXIy NDY5MjU=