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• Volume 34 Numéro 5 34 Texte et photos : Frédéric Veilleux Connaissez-vous la SOPFEU? Bien sûr que si, j’en suis sûr. C’est l’organisme gouvernemental qui a pour mission de protéger le milieu forestier contre les incendies. Mais est-ce que vous savez qui est en première ligne pour la détection des feux de forêt? De jeunes pilotes professionnels pour qui c’est souvent le premier emploi dans le monde de l’aviation! En 2000, c’était mon cas! Je me revois débarquant du traversier à Baie-Comeau, tout jeune et fébrile, pour me rendre à l’aéroport de Pointe-Lebel où se trouve une des bases principales de la SOPFEU pour l’Est du Québec. Deux journées de cours théorique nous y atten- daient, qui se terminaient avec un court vol de pratique à bord de notre avion. Je dis « notre » avion, car il s’agissait bien de cela, même si ce n’était qu’un prêt temporaire. Lorsque le boss nous attribuait nos machines respectives et distribuait les clefs, chacun res- sentait la charge qui tombait sur nos épaules de gamins dans la vingtaine. Un avion de grande valeur allait être sous notre responsabilité quasi exclusive pour les quatre ou cinq mois de la saison des feux de forêt. L’avion était un Cessna 182RG, un monomoteur à aile haute et train rétractable. Cet avion, très performant, constituait une plateforme d’observation idéale, et sa grande vitesse de croi- sière (+/- 140kts) nous permettait de couvrir un grand terri- toire en peu de temps. D’ailleurs, ce modèle est encore utilisé de nos jours pour le même travail. Les jeunes pilotes sont répartis un peu partout sur les aéro- ports de la province, a f in d’assurer une couverture maximale du territoire. Pour ma part, j’ai atterri à Bonaventure, en Gas- pésie. Un superbe endroit pour passer l’été, de surcroit assez près de mon village d’origine. Si le positionnement était idéal, le logement l’était beaucoup moins. Une vieille roulotte malpropre et délabrée de style « f ifth whell », située dans le fond d’une cour de motel. Heureu- sement, la joyeuse camaraderie qui s’est installée immédiate- ment entre moi et mon seul collègue compensa largement la vétusté de l’endroit. Le travail en tant que tel était passionnant et enrichissant. Vous comprendrez que j’emploie ce dernier mot au sens f i- guré. Dans les faits, personne ne choisit d’être patrouilleur aé- rien dans le but de faire de l’argent. C’est un premier emploi et il est normal que les salaires ne soient pas très élevés. N’empêche, ce qui était dommage à mon époque, c’était de de- voir payer 5 000 dollars en formation initiale alors qu’on n’en gagnait pas autant durant la saison. Autrement dit, on en sor- tait moins riche qu’à l’arrivée et si le logement n’avait pas été gratuit, pratiquement personne n’aurait pu faire ce travail. Cependant, nous étions malgré tout hyper motivés. Notre sa- laire, c’étaient les heures de vol. Plus on en faisait, plus on ga- gnait de l’expérience et plus on avait de chance de se placer ailleurs comme copilote dans une petite compagnie aérienne régionale. En attendant, nous avions tout de même la chance d’être com- mandants de bord. Certes, nous volions uniquement en VFR, sans aucun passager ou bagage à gérer, mais la responsabilité était là et le sentiment que j’en retirais était grisant. J’étais f ier de ce que j’accomplissais. Chacun d’entre nous prenait le travail très au sérieux et nous réalisions les missions demandées par la SOPFEU avec zèle, même lorsqu’elle nous envoyait véri f ier des frappes de fou- dres alors que l’orage était toujours actif. En effet, bien que les spécialistes de la SOPFEU puissent visua- liser la situation météo en temps réel, grâce aux images satel- lites et radars, il demeure que le meilleur moyen de détecter la fumée d’un début d’incendie sont encore les yeux humains. Que ce soit ceux d’un citoyen au sol ou d’un pilote dans un avion. Ainsi, malgré les avancées technologiques, les méthodes de détection n’ont pratiquement pas changé. C’est pourquoi la présence d’avion dans le ciel est primordiale pour surveiller les immenses étendues inhabitées de forêt québécoise. Cet été-là, j’ai survolé la Gaspésie et le Bas-St-Laurent des di- zaines de fois du Sud au Nord et de l’Est à l’Ouest. Le trajet de nos missions était géré par la SOPFEU et nous n’avions qu’à le suivre sur le GPS en gardant les yeux grands ouverts. L’été de l’an 2000 n’est pas passé à l’histoire en termes d’hec- tare brûlé. Ce qui est une bonne chose, bien sûr, mais un été pluvieux n’est pas nécessairement agréable pour un jeune pi- lote qui espère voler le plus possible. Pour ma part, je n’ai trouvé « que » deux feux, dont un si gros que même un aveugle aurait pu le signaler! Au bout du compte, je garde un excellent souvenir de cette sai- son. C’est un premier emploi stimulant, valorisant et amusant! Aujourd’hui comme hier, le métier de « Patrouilleur de feu » est un excellent tremplin pour un début de carrière et consti- tue souvent la première marche d’une brillante carrière d’avia- teur professionnel. Il était une fois... un patrouilleur de feu!

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