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SEPTEMBRE / OCTOBRE 2020 16 OPINION L’aviation post-COVID-19 au Canada L ’industrie du transport aérien fait non seulement face à un défi majeur lié à la pandémie, mais à deux. Le premier, bien sûr, est la survie à court terme. L’autre est l’incertitude devant ce qui nous attend et à quoi res semblera notre marché à la sortie de cette crise. Combien de temps avant que les gens soient à nouveau autorisés et disposés à voyager partout par avion? Quand les frontières étrangères seront elles ouvertes? Quelles restrictions en matière de santé et de sécurité le gouvernement imposera t il? Et ces restrictions ren dront elles le prix des billets prohibitif? Quand les qua rantaines seront elles levées, que ce soit pour les vols intérieurs, transfrontaliers ou internationaux? Par son inaction, le gouvernement canadien espère que l’in- dustrie canadienne de l’aviation se remettra par elle-même de cette crise paralysante, ce qui est totalement irréaliste. L’autre conclusion que l’on pourrait tirer est que le gouver- nement canadien n’a pas la volonté politique d’aider et qu’il préfère rester sur la touche alors que le service aérien aux Canadiens diminue sérieusement et paralyse la reprise éco- nomique. Ne pas obliger les compagnies aériennes à rembourser les billets inutilisés peut être considéré comme l’équivalent d’un soutien financier pour certains transporteurs, mais cela n’aide aucunement les transporteurs régionaux et les nom- breux autres intervenants dont l’existence même continue d’être menacée par la pandémie et les mesures mises en place pour limiter sa propagation. L’absence de leadership du gouvernement est clairement dé- montrée par son manque de vision et son inconscience évi- dente de l’importance de venir en aide à une industrie qui vit sa pire crise depuis la Seconde Guerre mondiale. Il est malheureusement ironique qu’un pays ayant un si grand ter- ritoire et une population souvent dépendante de l’aviation pour sa survie socio-économique soit maintenant dirigé par un gouvernement à ce point indifférent devant une industrie aux prises avec une pandémie si dévastatrice. Sous peu, les Canadiens jouiront de beaucoup moins de vols directs et seront confrontés à une diminution des services aériens régionaux, à des coûts inévitablement plus élevés et à une offre réduite de services, car de nombreuses compa- gnies aériennes n’auront pas survécu à cette crise. Les passagers verront des frais accrus imposés partout au monde, mais le transport aérien au Canada sera particuliè- rement touché parce que non seulement le gouvernement n’aide pas les transporteurs en injectant des liquidités alors qu’ils en ont tant besoin, mais aussi parce que le gouverne- ment essaie d’imputer à l’industrie des responsabilités qui relèvent normalement du domaine public. Le dépistage (qui peut entraîner un refus d’embarquement), la recherche de contacts et l’échange de données sont des activités coûteuses qui aideront le Canada à contenir la COVID-19. Mais il s’agit de services essentiels qui doivent être pris en charge ou ap- puyés par le gouvernement et non pas déchargés au secteur privé. Nous avons déjà été témoins de compressions dans les ser- vices aériens régionaux et les autorités locales et provin- ciales s’efforcent de trouver des solutions pour s’assurer que leurs régions ne soient pas coupées économiquement et so- cialement du reste du monde. Malheureusement, ce n’est que le début, car les compagnies aériennes devront revoir leurs offres de services si elles veulent survivre pendant les trois à quatre ans qu’exigera la reprise. Les transporteurs aériens devront se concentrer sur les routes plus rentables. Ils s’ap- puieront davantage sur leurs partenaires d’alliance et sur les partages de code. Ils élaboreront des ententes avec les trans- porteurs aériens régionaux, et les passagers devront transi- ter par les aéroports qui servent de plaques tournantes (hubs) plutôt que voler directement vers une destination. Le gouvernement canadien doit reconnaître le rôle essentiel que joue l’aviation au Canada. Sans une intervention gouver- nementale immédiate, de nombreux exploitants aériens ca- nadiens ne seront pas là pour fournir leurs services, souvent essentiels, ni leur rôle de facilitateurs économiques. Il serait tellement plus facile et efficace pour le gouvernement d’aider les transporteurs à maintenir le service que de trouver des solutions de rechange urgentes lorsque ces transporteurs ne seront plus en mesure d’offrir ces services. Le gouvernement doit aussi reconnaître que l’imposition de coûts supplémentaires au transport aérien entravera les ef- forts visant à aider notre industrie à se rétablir. Toute stra- tégie de réduction des prix de l’industrie visant à stimuler le transport aérien pendant la reprise serait annulée par l’aug- mentation des frais imposés sur le transport aérien. Le gouvernement ne peut continuer à fermer les yeux sur la situation catastrophique du transport aérien au Canada. Le premier ministre a lui-même déjà qualifié notre industrie comme étant un des secteurs économiques les plus touchés étant donné sa structure de coûts fixes élevés et la baisse dramatique des revenus. Il doit maintenant agir, car une in- dustrie du transport aérien affaiblie compromet sérieuse- ment la reprise économique au pays. Q John McKenna | Président et chef de la direction, Association du transport aérien du Canada | www.linkedin.com/in/JohnMcKenna-ATAC
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