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JANVIER / FÉVRIER 2026 53 E n mai 2024, quand nous avons annoncé l’instauration du « Vendredi Équilibre » chez Aéro Atelier, passant audacieu- sement à la semaine de 4 jours, nous pensions d’abord à nos employés et à leurs f amilles. Nous visions également la fidéli- sation de notre main-d'œuvre et, ultimement, la qualité irré- prochable de notre travail de révision sur les moteurs d'avion. Remplis d'espoir quant à cet équilibre travail- f amille, mais les doigts croisés pour le maintien de notre productivité malgré la réduction des heures d'atelier, nous étions loin de nous dou- ter que cette décision locale allait traverser l’Atlantique. Elle a fini par atterrir sur les bureaux de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) en France. Le pari : réduire la fatigue pour augmenter la vigilance Tout le monde parle du « Facteur Humain » en aéronautique. C'est souvent l'étiquette o f ficielle apposée après coup sur un accident qui aurait « possiblement » pu être évité. Depuis quelques années, sous l'égide de Transports Canada et des au- torités mondiales, cette notion doit être étudiée et comprise pour avoir le droit d'œuvrer dans notre milieu. Lorsque nous avons instauré la semaine de 4 jours, l’idée de départ était simple mais radicale : la révision et la réparation de moteurs d'aérone f s ne tolèrent aucune erreur. Or, l’ennemi numéro un de la précision, c’est la f atigue et la charge men- tale. En o ff rant un week-end de trois jours chaque semaine, nous avons f ait le pari qu’une équipe reposée serait non seulement plus heureuse, mais surtout plus per f ormante et sécuritaire. C’est ce lien direct entre « bien-être » et « sécurité » qui a capté l’attention de l’autre côté de l’océan. Une convergence inattendue avec la France Plus tôt cette année, nous avons été contactés par le respon- sable du Programme de sécurité de l’État f rançais. Il s’avère que la DGAC pilote depuis 2020 un groupe de travail expert nommé « Aérosentinelles ». Ce groupe, né d’une rupture dans la pensée traditionnelle de la sécurité, s'attaque aux sujets longtemps tabous : le mal-être psychique et les f acteurs hu- mains. Bien que leurs travaux aient débuté avant notre initiative, ils ont identifié le modèle d'Aéro Atelier comme une application concrète, novatrice et inspirante de ce qu'ils cherchent à pro- mouvoir théoriquement au sein de l'aviation civile f rançaise. C’est une validation majeure pour une PME québécoise. Voir que notre intuition rejoint les analyses d’experts qui viennent de rassembler plus de 200 participants issus de 50 organi ‐ sations (compagnies aériennes, aéroports, centres de main- tenance) lors de deux journées complètes dédiées à la santé mentale confirme que nous sommes sur la bonne voie. Au ‐ delà de la ressource humaine : une composante du Safety Management System Cette convergence souligne une tendance de f ond dans l’avia- tion mondiale. La santé mentale n'est plus un simple avantage social, mais une composante critique du Système de gestion de la sécurité (SMS). Les experts d'Aérosentinelles travaillent à instaurer une « Cul- ture Juste », où la f ragilité humaine est reconnue et gérée plu- tôt que cachée. En réduisant la semaine de travail, nous agissons en amont sur ce même levier : réduire la pression pour augmenter la qualité de vie et, par la même occasion, la vigilance technique. Le verdict après un an : +10 % Au-delà de la théorie, qu'en est-il des f aits? Est-ce que notre productivité a sou ff ert après un an d'utilisation du modèle de quatre jours? La réponse est non. Contre toute attente, notre productivité a même augmenté d'approximativement 10 % . Nous remar- quons que les membres de l'équipe arrivent le lundi avec une énergie renouvelée. L'atmosphère à l'atelier est plus joviale et la reconnaissance de pouvoir bénéficier de longs week-ends à l'année se traduit par un engagement accru au travail. Un effet boule de neige? Nous sommes aujourd’hui invités à partager nos données et notre retour d’expérience avec la DGAC pour leurs prochains séminaires. C’est un honneur de voir un pont se créer entre Shawinigan et Paris sur un enjeu aussi vital. Si notre expérience peut f ournir des pistes utiles à l'industrie et inspirer un changement plus large, nous en serions fiers. Car au final, derrière chaque technicien reposé, il y a un mo- teur plus fiable, mais aussi une f amille qui retrouve une meil- leure qualité de vie et un être humain qui retrouve, tout simplement, son humanité. Q NOUVELLE Santé mentale et sécurité aérienne Quand une initiative de Shawinigan résonne jusqu’à Paris Par Martin Blais, Aéro Atelier C.M. De gauche à droite : Martin Blais, directeur commercial & marketing, et Manuel Mongrain, président d'Aéro Atelier CM.

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