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• Volume 39 Numéro 5 23 En aviation, certains appareils ont laissé leur empreinte dans l’Histoire, et sont devenus de grands classiques. C’est le cas du deH villand DH.82 Tiger Moth , qui aura bientôt un siècle d’histoire. La conception, la production et l’utilisation de cet appareil sont fascinantes, et son passage opérationnel influencera profondé- ment le domaine de l’aviation ainsi que la géopolitique mondiale. Conception du Tiger Moth Remontons en 1920, en Angleterre, où un jeune ingénieur de 38 ans nommé Geoffrey deHavilland fonde une petite avionnerie portant son patronyme. Pilote, il procède lui-même aux vols d’es- sai des biplans qu’il conçoit avec son équipe d’ingénieurs. Le pre- mier véritable succès de la jeune deHavilland Aircraft Company est le DH.60 Moth, qui vole pour la première fois en 1925 à partir d’un petit aérodrome au nord de Londres, là où sont situés les ateliers de l’entreprise. C’est un biplan monomoteur conçu pour être un avion de tourisme et d’entrainement en vol, biplace, à cockpit ouvert, et dépourvu de système électrique et de freins. Le succès commercial est au rendez-vous. Riche de l’expérience que lui procurent la conception et la pro- duction du DH.60 Moth, Geoffrey deHavilland et son équipe éla- borent, en 1931, un nouvel avion biplan très amélioré, destiné principalement à l’entrainement en vol, le DH.82A Tiger Moth. Les aéroclubs britanniques sont dans la ligne de mire de l’avionneur pour la production et la vente de ce biplan, mais l’entreprise vise également le domaine militaire. En effet, à l’aube des années 1930, la Royal Air Force (RAF) britannique est à la recherche d’un avion d’entrainement élémentaire pour ses élèves-pilotes. Les forces aé- riennes d’autres pays du Commonwealth, dont celle du Canada et de l’Australie, ont également besoin d’un nouvel avion de forma- tion élémentaire. Au milieu des années 1930, la méfiance et l’inquiétude planent en Europe devant la montée en puissance de l’Allemagne nazie d’Adolf Hitler. Ce contexte géopolitique incite certains pays, dont le Royaume-Uni, à augmenter leurs budgets militaires afin de mieux équiper leurs forces armées. C’est dans ce contexte que la deHavilland Aircraft Co pany devient un fournisseur privilégié pour la Royal Air Force en équipant celle-ci de son fameux DH.82A Tiger Moth, afin de permettre la formation élémentaire de ses pi- lotes. Production en série Au milieu des années 1930, l’usine deHavilland Aircraft Company à Londres tourne à plein régime, mais elle réussit à peine à fournir les Tiger Moth commandés par la Royal Air Force (RAF). Puisque le Canada porte lui aussi son choix sur le Tiger Moth comme avion élémentaire d’entrainement de la Royal Canadian Air Force (RCAF), Geoffrey deHavilland décide de confier une par- tie de la fabrication des Tiger Moth à sa nouvelle usine de Toronto. Une troisième usine sera également érigée à Sydney, en Australie, pour combler entre autres les besoins de la Royal Australian Air Force (RAAF). L’usine de Toronto, baptisée deHavilland Canada , produira à compter de 1937 des Tiger Moth pour la RCAF qui seront spéci- fiquement identifiés comme étant des DH.82C (le suffixe « C » pour « Canada »). En fait, les DH.82C produits au Canada sont lé- gèrement différents des DH.82A fabriqués ailleurs dans le monde : ils sont équipés d’une verrière coulissante qui permet de protéger l’équipage des rigueurs de l’hiver, ainsi que d’un système de chauf- fage de cabine. Une roulette sur les avions canadiens remplace le patin de queue des Tiger Moth britanniques et le train d’atterris- sage des DH.82C est équipé de freins (les Britanniques et les Australiens n’en ont pas!), ce qui oblige le manufacturier canadien à modifier légèrement la géométrie des jambes du train d’atter- rissage vers l’avant, afin de prévenir un renversement sur le dos advenant un freinage excessif à l’atterrissage. De 1931 à 1945, plus de 8000 Tiger Moth seront fabriqués dans les différents ateliers deHavilland à travers le monde, dont environ 1500 à l’usine canadienne. L’expérience acquise à fabriquer loca- lement des Tiger Moth profitera à l’avionneur de Toronto, car d’autres contrats de fabrication sous licence s’ajouteront chez deHavilland Canada pendant la guerre, dont la production sous li- cence de plus d’un millier d’exemplaires de l’avion de combat DH.98 Mosquito . À la fin de la 2 e guerre mondiale, la production des Tiger Moth étant terminée, deHavilland Canada va concevoir et produire son successeur, le DHC ‐ 1 Chipmunk , un avion d’entrainement élémen- taire monoplan authentiquement canadien qui équipera les forces aériennes de plusieurs pays du Commonwealth (dont évidem- ment le Canada) pendant environ deux décennies. La créativité et le génie de l’avionneur canadien se poursuivront avec le design du légendaire DHC ‐ 2 Beaver , puis du DHC ‐ 3 Otter , qui seront de francs succès commerciaux à travers le monde. Cette expertise mènera au fil des ans à la production du fameux Dash ‐ 8 utilisé par de nombreux exploitants aériens encore de nos jours. Pierre-Alexandre Sénéchal Le Tiger Moth : un acteur majeur dans l'Histoire de l'aviation suite page 26 Un DH.82C Tiger Moth de la RCAF au-dessus des Prairies en 1942
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