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NOVEMBRE / DÉCEMBRE 2023 49 DÉBATS Adieu à un grand serviteur du transport aérien John McKenna | Président et chef de la direction, Association du transport aérien du Canada | www.linkedin.com/in/JohnMcKenna-ATAC L e 2 octobre nous quittait Claude Trudel. Il est parti discrète- ment, tout comme il a vécu sa vie entière, c’est-à-dire en évi- tant d’attirer trop l’attention sur lui-même. Quoiqu’il s’efface en douceur, cet homme aura eu un impact énorme sur l’industrie du transport aérien au Québec pendant plus de 40 ans. Analyste sénior à Transports Québec depuis les années 80, il n’a jamais cherché à gravir les rangs duministère de peur de se voir assigner des tâches administratives et s’éloigner des dossiers du transport aérien au Québec, son pain quotidien. Passionné par l’aviation commerciale, il lisait sans cesse tout ce qui se disait au sujet du transport aérien. Même la retraite n’a pas réussi à calmer cette ardeur. Claude était un incontournable dans le transport aérien au Qué- bec. Aucune décision n’était prise au ministère avant d’avoir consulté Claude. À l’époque où j’œuvrais à titre de Chef de cabinet du ministre des Transports du Québec, il était fréquent que Claude soit invité à participer à des discussions oùmême son di- recteur et son sous-ministre adjoint n’étaient pas présents, tant il avait la con f iance de ses pairs. Impressionné par l’étendue et la profondeur de ses connaissances, on avait aussi con f iance à son jugement, car on savait que ses positions n’étaient pas opportu- nistes en termes d’avancement de carrière mais guidées par ses convictions et les leçons tirées par les expériences en la matière ailleurs dans lemonde. Son opinion était fortement sollicitée par les mandarins qui avaient à cœur le transport aérien au Québec. J’ai souvent vu le ministre des Transports insister pour que Claude l’accompagne dans des rencontres, ce qui était inédit dans la structure organisationnelle du ministère. Il connaissait à fond tous les dossiers, mais surtout il connaissait très bien les interve- nants et leurs positions, ce qui nous accordait un avantage indé- niable. Tous les gros dossiers du transport aérien au Québec au cours des 40 dernières années sont passés sous sa loupe. Claude est in- tervenu directement dans les dossiers de l’aide au transport aé- rien régional, les subventions au transport aérien, les programmes de réduction de prix pour les passagers du trans- port aérien en région, les subventions aux associations québé- coises de pilotes, d’aéroports ou de transporteurs aériens, le renouvellement de la f lotte du SAG, la privatisation des services gouvernementaux de nolisement du transport aérien et le déve- loppement du réseau aéroportuaire auNunavik, pour ne nommer que ceux-là. On a aussi fait appel à ses conseils dans les dossiers tels que la cession des aéroports fédéraux aux municipalités, le français dans l’air, la fermeture de Mirabel au pro f it de Dorval, le maintien du siège social d’Air Canada à Montréal et l’avenir de l’aéroport Montréal-Trudeau en tant que plaque tournante du transport aérien au Canada. Ses recommandations n’ont jamais été in f luencées par la volonté politique, mais plutôt par son ap- préciation de l’importance du transport aérien sur la société qué- bécoise, particulièrement pour les populations vivant en régions éloignées et nordiques. L’Association québécoise du transport aérien (AQTA) est toujours active en partie parce que Claude est intervenu à plusieurs re- prises, insistant sur le fait que les associations québécoises dans le secteur du transport aérien ne pourraient survivre sans l’appui f inancier du gouvernement, surtout à l’époque où le courant po- litique poussait vers le désengagement gouvernemental. Heureu- sement, son énorme contribution a été reconnue par l’industrie lorsque l’AQTA lui a octroyé en 2015 le Prix Roland G. Lefrançois, le plus prestigieux témoignage de l’industrie du transport aérien du Québec à l’un des siens. C’était seulement la cinquième fois que ce prix était octroyé depuis 1976 et la seule fois qu’il n’a pas été accordé à un exploitant du transport aérien. Certainement pas en quête de reconnaissance, Claude a toutefois été particulière- ment touché par cet hommage de l’industrie. Une déception pour cet homme d’un grand intellect est que son projet de Chaire en transport aérien dans une université québé- coise n’ait pu voir le jour, malgré tant d’initiative, de créativité, d’efforts, et de démarchage auprès des ministères et des fonds publics et privés pour lancer ce projet, pourtant bon pour la col- lectivité et l’enrichissement de l’expertise d’un secteur qui en a grandement besoin. Sur le plan personnel, Claude était un ami chaleureux, quelque peu espiègle, ricaneur, amateur de bon vin et passionné par la po- litique, qu’elle soit provinciale, nationale ou internationale, le tout toujours en compagnie de la femme de sa vie, son épouse Sylvie. Ce fut un réel honneur pourmoi de le côtoyer pendant toutes ces années. Malheureusement, l’énorme contribution de Claude au dévelop- pement du transport aérien au Québec passera largement ina- perçue. Alors, souhaitons que ces quelques lignes lui rendent un tant soit peu un hommage bien mérité et perpétuent l’œuvre et la passion contagieuse de mon cher ami Claude! Q

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