V27N1
Le reste de la navigation se poursuit sans encombre, dans le calme de cette belle lumière de f in de journée après l’orage, là où les rayons du soleil se dévoilent au travers des restants de nuages éparpillés sur le vert mouillé de la canopée. Nous nous posons en f in sur le lac Kenogami pour une nuit bien reposante chez un ami. 11 août : Aujourd’hui n’est pas une grosse journée de vol, mais as- surément pas la moins intéressante non plus, puisque nous sur- volons le f jord du Saguenay, puis la région si belle de Tadoussac, avec cet estuaire du Saint-Laurent majestueux, entre f leuve et mer, eau douce et eau salée, montagnes et marées. Nous avons pris contact avec un chauffeur de taxi, aujourd’hui à la retraite, qui a bien voulu mettre à notre disposition son auto et l’accès à son quai sur le lac Gobeil situé juste sur le bord de la 138. On ne pouvait espérer mieux ! Loïc pro f ite évidemment de l’escale à Tadoussac pour aller faire une excursion à la rencontre des baleines, suivi d’une observation de l’ours noir dans son habitat naturel. 12 août : Plus que 3 jours à notre périple et c’est déjà le temps de se rapprocher de la maison, cap plein ouest, en direction du lac Sacacomie. Arrêt fuel au Lac-à-la-Tortue, puis amerrissage sans encombre sur le Sacacomie. Ce sera la plus « luxueuse » de nos escales. Chambres confortables, restaurant gastronomique, accès aux spas et autres saunas, kayak sur le lac, bronzage sur la plage... une vraie vie de pilote de brousse quoi ! Bon, c’est bien gentil la vie de luxe, mais il nous faut f inir en beauté et quoi de mieux qu’une nuit en tentes sur une plage isolée, avec feu de camp, saucisses et patates dans la braise pour f inir de re- laxer et d’apprécier à fond les joies du voyage en hydravion ? Ce sera donc le programme du lendemain. 13 août : Encore tous fripés de nos heures passées dans les spas de l’Auberge Sacacomie, nous embarquons à bord de notre vénérable Pa18 pour cette dernière escale « sauvage ». Nous nous arrêtons une fois encore à la marina Port Saint-Michel pour abreuver l’avion, mais aussi pour aller faire une dernière épicerie. Dans notre panier, des saucisses, des patates, des pistaches, et de quoi s’abreuver nous-mêmes. « Un briquet ?», me demande Loïc. Je lui réponds : « Pas besoin, j’en ai un dans l’avion », je suis sérieux quand même, je ne partirais pas en région éloignée sans avoir pris de quoi faire du feu ! Nous nous remettons en l’air à la recherche d’un endroit sympa- thique et à l’abri du vent pour passer la nuit. Notre choix se porte sur une mini-baie, qui représente un abri naturel parfait pour l’hy- dravion, et qui de surcroit est bordée d’une belle petite plage de sable. Après les reconnaissances et inspections d’usage, nous nous posons et accostons au cœur de cet endroit ma foi bien bucolique. Nous sécurisons l’avion, ramassons du bois, puis je m’en vais chercher f ièrement mon briquet a f in d’allumer le feu pendant que Loïc prépare son drone pour faire quelques images. Et c’est à cet instant que l’impensable se produit. Le pire cauchemar de tout pilote de brousse. La dernière chose qu’un pi- lote veut voir arriver : Un briquet hors service. Aucune étincelle ne jaillit en effet de l’instrument et, par conséquent, aucune f lamme. Et nos saucisses qui sont juste là, posées dans leur assiette en carton, toutes belles... Belles, mais crues ! C’est à cet instant que j’ai compris tout le poids des responsabilités qui pe- sait sur mes épaules d’instructeur et que j’ai pris la décision de détacher l’avion et de repartir, seul, à la conquête du feu indispen- sable à la réussite de cette soirée ! Me voici donc en vol, en cos- tume de bain, à évaluer quelles seraient mes meilleures chances de sauver la soirée. Je vais au plus proche et me pose au Camp Taureau, situé dans la baie du Poste, pour tenter ma chance. Par miracle, il leur reste UNE boite d’allumettes, une seule ! Je saute donc à nouveau dans l’avion, muni de ma précieuse boite d’allumettes, et je redécolle en direction du campement. Loïc a entre-temps mis son drone en vol, la lumière du soleil couchant est sublime, et nous décidons donc d’en pro f iter pour faire quelques images du Pa18. Il va sans dire qu’un pilote en costume de bain, seul, avec une boite d’allumettes, dans un pa18 vide de tout bagage permet des performances complètement exception- nelles et le plaisir que j’ai à voler cette f in de journée est indescriptible. L’avion sécurisé à nouveau sur la plage, le feu en f in allumé, la soirée peut se dérouler tel que prévu, sous un ciel que l’absence totale de pollution lumineuse autorise à briller de toutes ses étoiles. • Volume 37 Numéro 1 25 Le repas va être bon
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