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• Volume 36 Numéro 3 36 Ainsi, Hydro-Québec f it appel à nous pour convoyer rapide- ment le matériel et le personnel requis pour réparer les nom- breuses pannes. En tant que commandant de bord sur un Cessna 402 basé à Havre St -Pierre, j’étais directement en pre- mière ligne. Ainsi, le vendredi soir, en revenant de Port-Me- nier, la dispatche nous mit au courant de la situation. De toute évidence, j’allais avoir une f in de semaine occupée. Après avoir fait le plein, nous dûmes partir sur-le-champ pour Rimouski pour y récupérer du matériel. L’information quant à ma destination subséquente allait venir plus tard. Sans tar- der, nous grimpâmes à bord, mais avant de fermer la porte de l’avion, la dispatche nous tendit à chacun un sac à lunch en guise de souper. Délicate attention. Un autre de nos 402 arriva à Rimouski à peu près en même temps que nous. Six gars de l’Hydro nous attendaient avec une tonne de matériel et de pièces d’équipement divers allant du rouleau de câble à la génératrice, en passant par toute la gamme d’outils du parfait électricien. Le matériel et le person- nel furent répartis entre les deux avions au maximum de notre capacité. Tous les recoins de l’espace cargo furent comblés par du matériel. Malgré tout, il resta encore du stock pour plu- sieurs autres voyages. Nous décollâmes à dix minutes d’intervalle. Le premier avion se dirigeait pour Saint-Augustin, alors que nous avions Chevery et Blanc-Sablon comme destination. Avant de partir, moi et l’autre commandant avions épluché la météo et aussi les nombreux NOTAM qui venaient d’être publiés pour le sec- teur. Bien nous en prit, car nous apprîmes ainsi que le carbu- rant n’était pas disponible nulle part au-delà de Natashquan; les pompes fonctionnant à l’électricité. Il nous faudrait atterrir à Natashquan, dernière station-service sur le chemin, avant de continuer plus loin. En fait, le vol aller-retour de Natashquan à Blanc-Sablon re- présentait à peu près le maximum d’autonomie disponible pour le 402. À l’arrivée, il ne resterait pas beaucoup plus que les 45 minutes de réserves obligatoires en vol VFR de nuit. Côté météo, on ne pouvait demander mieux. Ciel dégagé à 100 % sur notre route pour les prochaines 12 heures au moins. C’était une vraie chance que la météo ait été aussi clé- mente. Autrement, nous aurions dû faire un détour à St-Anthony (Terre-Neuve) uniquement pour faire le plein. L’autre point qui nous préoccupait était les lumières de piste. « Pas de lumière » signi f iait « pas d’atterrissage ». Aucune mention n’apparaissait dans les NOTAM, mais nous avions be- soin d’une certitude. Il aurait été stupide d’arriver là-bas et de ne pas pouvoir atterrir. Nous dûmes effectuer plusieurs appels a f in d’avoir la réponse à cette question. Heureusement, on nous informa que celles-ci disposaient d’un système d’alimen- tation secondaire; elles étaient donc toujours fonctionnelles. Nous atterrîmes à Chevery un peu avant minuit. Le terminal était désert et plongé dans la noirceur. Quelqu’un devait nous attendre, mais il n’y avait pas âme qui vive. Qu’importe. Nous débarquâmes la génératrice, que nous laissâmes contre un mur et repartîmes aussitôt. Une heure et demie plus tard, nous étions f inalement à Blanc-Sablon. Cette fois, il y avait un comité d’accueil. Plusieurs gars nous ai- dèrent à décharger le matériel, au grand plaisir des amortis- seurs. Puis, ils s’évanouirent dans la nuit, accompagnés de nos quatre électriciens, nous laissant seuls dans le noir. Le vol de retour fut d’une extrême platitude et nous sembla durer une éternité. Le sol et le ciel se confondaient dans un noir d’encre. Sans nos instruments, nous aurions pu croire que nous faisions du surplace. L’adrénaline de cette journée peu banale était retombée et laissa place à une fatigue justi f iée. Heureusement que nous étions deux pour nous garder réveil- lés mutuellement. Derrière nous, à l’est, le ciel commençait déjà à se colorer lorsque les roues touchèrent le sol sur la piste de HSP. Il était temps. Une note était collée sur la porte du bureau : « Prenez quelques heures de repos et appelez-moi vers midi ». Nous ne nous f îmes pas prier. Conscients de l’enjeu, nous revîmes rapidement à l’aéroport. À 25 ans, sans enfants, quatre heures de sommeil et une bonne douche suf f isent à vous remettre sur le piton. La dispatche fut enchanté de nous voir si tôt. Durant notre pose, un autre 402 avait convoyé le matériel restant à Rimouski. A f in d’éviter la manipulation de matériel, le pilote nous avait laissé son avion et était reparti avec notre propre 402 vide. Sans tarder, nous avons monté à bord de l’avion d’échange et sommes partis vers Chevery. Un autre voyage pour La Romaine suivit dans la journée. La majorité des pannes furent réglées dans les 48 heures. Bien que ma contribution fût modeste, je suis f ier d’avoir contribué à ce succès. C’était mon second weekend sur place, et le pre- mier avait été marqué par le vol « medevac » que j’ai raconté dans l’article précédent. Décidément, mon affectation de cinq mois à HSP démarrait sur des chapeaux de roue. Et moi qui croyais qu’Havre St -Pierre serait un endroit tranquille…

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