V24N6
• Volume 34 Numéro 6 36 Écrit par Frédéric Veilleux fred_328@hotmail.com Il était une fois... un pilote d’avion qui a le vertige! Eh oui! Ce n’est pas une blague! Bien que je sois pilote profes- sionnel depuis maintenant plus de 20 ans, j’ai encore et tou- jours la peur des hauteurs. Je suis incapable de grimper en haut d’une grande échelle et encore moins capable de faire un tour de montagne russe, mais je pilote des avions, et je tripe ben raide à le faire ! Quand je mentionne cela à quelqu’un, outre une réaction d’in- crédulité, la première question à laquelle je dois répondre est celle-ci : « Pourquoi t’as voulu être pilote si t’as le vertige? » C’est une question intéressante qui me laisse toujours per- plexe, car je me la suis déjà posée moi-même. Ma réponse est la suivante : parce que j’adore les avions au point où ma pas- sion « efface » ma phobie. C’est du moins ma théorie, mais quel beau cas pour un psychologue je dois être ? Quoi qu’il en soit, quand je monte à bord d’un avion, que ce soit comme passager, et plus encore comme pilote, ma peur disparaît. Je peux effectuer des manœuvres aériennes, voler en IFR ou de nuit, et à n’importe quelle altitude sans éprouver aucun malaise. Mais je suis incapable d’accompagner mes en- fants dans la grande roue des Galeries de la Capitale. Mes enfants ne manquent d’ailleurs pas de me rappeler ce pa- radoxe. « Ben voyons, Papa! Tu pilotes des avions! Comment ça tu as peur de venir avec nous ? ». Ils ont bien du plaisir à me taquiner sur le sujet et, lorsque l’on se trouve dans un lieu touristique où il y a un plancher de verre surplombant le vide, ils ne manquent pas l’occasion de me montrer qu’ils ont du courage, alors que je suis incapable de les rejoindre. Pourtant, je fais des efforts pour surmonter ma crainte. Parfois, je réussis tant bien que mal, parfois non. À chaque fois, la tête me tourne et j’en viens à avoir le shake. Ceux qui ont le vertige com- prendront (mais ils ne doi- vent pas être nombreux à lire ce magazine!). Donc, d’où me vient cette passion de l’aviation ? Contrairement à beaucoup de pilotes, je ne suis pas né avec un manche d’avion dans les mains. Avant 14 ans, je n’avais jamais pensé faire ce métier et, si quelqu’un me l’avait proposé, je lui aurais probablement ri au nez. L’élément déclencheur, aussi anodin soit-il, est l’apparition d’une revue hebdomadaire sur les avions. Au début, je feuilletais distrai- tement le magazine, avant d’y prendre goût et de m’abonner au périodique. Mon goût de l’aviation s’est ainsi développé tranquillement. Au début, j’étais davantage intéressé par le côté technique et je me voyais ingénieur en aéronautique. Puis, l’envie de piloter s’est insinuée en moi. Par la suite, l’envie s’est transformée en désir véritable. Une voix disait dans ma tête « Pourquoi pas, vas-y! » alors qu’une autre répondait « Tu ne seras jamais ca- pable, tu as peur à partir de 8 pieds de haut! ». Mes parents, qui trouvaient pour le moins étrange ma nouvelle idée, ne tentèrent néanmoins rien pour me décourager. Au contraire, ils m’aidèrent même à m’orienter en m’emmenant faire un voyage en avion. Car, à ce moment de ma vie, je n’avais encore jamais mis les pieds dans un avion, quel qu’il soit. Mon baptême de l’air se passa comme passager dans un Boeing 737, en route pour Miami. On est loin de la petite aviation, mais au moins, j’ai pu voir que je n’avais pas peur. C’était suf- f isant pour me convaincre! À un seul moment par la suite, j’ai douté de mon choix. C’était au début de ma deuxième année au CQFA, lors du vol qui allait être mon vrai baptême de l’air en tant que pilote. Au moment précis où les roues quittaient le sol, j’ai commencé à me sentir mal. Je suis devenu tout étourdi et j’ai commencé à suer à grosses gouttes. Le vertige se rappelait à moi comme un coup de bâton de baseball en pleine face. J’étais désespéré. L’instructeur à mes côtés, constatant mon désarroi, me pro- posa de prendre les commandes. Voyant que j’hésitais, il les lâcha carrément alors que nous étions toujours en montée ini- tiale. Le nez de l’avion retomba. Terrorisé, j’étendis le bras pour saisir le manche. Ma main moite devint plus ferme et je tirai sur le manche doucement a f in de reprendre de l’altitude. Et, soudainement, mon ma- laise est disparu pour faire place au plaisir. Je tournai la tête vers mon instructeur. Ce dernier, f ier de son coup, arborait un grand sourire. Il ajouta « Tu vois ? Vertige ou pas, c’est impossi- ble de ne pas aimer cela! ». Il avait raison. Depuis ce temps, je suis mordu jusqu’à l’os et je n’ai jamais regretté de m’être embarqué là-de- dans… La morale de cette histoire? Même une barrière psychologique apparemment insurmontable ne peut empêcher une personne suf f isamment déterminée et motivée à réaliser ses rêves!
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