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ÉTÉ 2018

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grand-voile et le temps avait manqué pour en effectuer tous

les indispensables ajustements. À la première marque de

parcours au cap Fréhel, tout près des hautes falaises, le vent

était nul. Le problème réside dans le fait que je ne réussissais

pas à hisser cette GV qui était bloquée au niveau du troi-

sième ris. On ne fait pas une course en ayant trois ris. Donc,

j’avais dû grimper au mât avec marteau, clefs et pinces, bien

déterminé à rendre fonctionnel ce système de chariots récal-

citrants. »

– Comment fais-tu pour monter dans un mât tout seul?

« Pas facile! Je montais en serrant le poteau avec les jambes

et les mains. Comme un singe grimpe dans son arbre, au fur

et à mesure, je me sécurisais. Le voilier avançait sous auto-

pilote, car tout en haut, je devais lutter contre un mouvement

comparable à celui d’un métronome. C’était infernal. Je vous

dis que j’ai dû monter à trois reprises durant cette course et,

à deux reprises, il ventait entre 30 et 40 nœuds. Cette pre-

mière fois, j’ai bossé pendant une heure avant de réussir à

débloquer les putains de chariots de lattes. Avant de redes-

cendre de mon perchoir, je comptais encore cinq à six voi-

liers encalminés derrière moi. Jusqu’au lendemain soir, je

réussissais à faire la route vers l’entrée de la Manche, puis

en plein milieu de la nuit, en panne de vent, poussé par le

courant, je dérivais vers la damnée île Ouessant. Son phare

grossissait, puis le brouillard me tombait dessus comme la

misère sur le pauvre monde. J’ai pensé jeter une ancre.

J’attendais, persistais à la barre en surveillant les indications

de profondeur sur les instruments. Comme on n’oublie pas

certains passages d’un film d’horreur, je me souviens de tout.

Le faisceau lumineux du phare, à chaque rotation, traversait

l’épais brouillard toutes les 30 secondes. Comme un rayon

de soleil le ferait, il éclairait les voiles et le pont de mon voi-

lier

Océan

. J’étais trop proche, si près que j’ai encore en mé-

moire l’écho du ressac des vagues sur la rive de l’île. Cela me

martelait les tympans, me dressait les poils sur les bras.

J’attendais que le courant change et, comme de fait, je réus-

sissais à sortir de la Manche en profitant de la marée des-

cendante. Cette nuit-là, Ouessant jouait à cache-cache. Son

puissant faisceau lumineux m’indiquait le danger et j’avais

l’impression que les clapotis sans cesse me répétaient

« mon

pote, éloigne-toi d’ici! »

. Cette Route du Rhum 2002 a été ma

plus grande course à vie. Cette épreuve extrême débutait

ainsi, suivie de dix jours de tempête. Eh puis, j’ai dû tenir la

barre dix-neuf jours et nuits. Pour tous les coureurs, ce fut

la plus difficile Route du Rhum. Il y a eu nombre de chavi-

rages, de collisions, des je-n’en-peux-plus… en conclusion

beaucoup d’abandons. Sur les soixante-six voiliers au départ,

seulement vingt-neuf ont fini la course dans les temps régle-

mentaires et je fais partie de ce groupe malgré une intermi-

nable panne d’énergie, des bris de safran, un passage dans

la marée noire du vieux pétrolier

Prestige

, et j’en passe…

Finir, c’était

winner

En d’autres occasions, l’île Ouessant, je l’ai observée avec des

lunettes d’approche. Depuis cette nuit-là, je n’ai jamais été

attiré par son paysage et je reste à bonne distance de ses ré-

cifs. Cette fois-ci, vous n’en verrez que la silhouette, car nous

en sommes distants de sept milles. »

– Désolé!

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